Interview de Jean-Philippe Couturier

 

Jean-Philippe Couturier est entrepreneur, investisseur et conférencier sur les sujets des nouvelles technologies et également vice-président du conseil de l’Ensimag. Il est auteur d’un livre à paraître sur l’Intelligence Artificielle et ses conséquences sur la société et les entreprises.

 

  • Comment l’Intelligence Artificielle intervient-elle aujourd’hui ?

Jusqu’à maintenant, l’informatique a permis de coder des « recettes de cuisine ». Les informaticiens programment des fonctions et établissent une chaîne logique entre une étape A, B et C. Ainsi, avec les bons ingrédients et le suivi de la recette, on obtient un gâteau réussi. Imaginez que vous souhaitiez décrire à un extra-terrestre ou à un ordinateur, via une recette, ce qu’est un chat. Avec des techniques « classiques » vous risquez de vous casser les dents sur ce problème.

Avec des techniques d’Intelligence Artificielle (IA) comme le « Deep learning » basé sur les réseaux de neurones, on injectera des millions d’images de chats et d’autres animaux dans la machine qui va pouvoir se faire une représentation d’un chat et non suivre une procédure comme la recette de cuisine. L’IA est un programme qui se nourrit de données et fait de l’inférence et non de la déduction. C’est-à-dire qu’elle est capable d’imaginer ce que sera la réponse sur la base de probabilités. L’IA fait appel aux mathématiques et s’améliore au fur et à mesure qu’elle se nourrit de données. Elle prend de l’ampleur aujourd’hui car nous disposons d’une puissance informatique plus importante, mais aussi parce que l’internet des objets et les bases de données offrent une matière sans précédent à l’IA. Aujourd’hui, l’IA bat l’homme dans de nombreux domaines, au poker, en bluffant, en médecine, en interprétant mieux que les médecins l’imagerie médicale, et bientôt dans la conduite des voitures.

 

  • En quoi l’IA représente-t-elle un atout pour le secteur bancaire ?

La banque de demain utilisera massivement l’IA dans l’interaction avec le client, la recommandation, la détection des besoins et de la fraude où la prédiction comportementale. Une grande partie des conversations par e-mail entre le client et la banque se fera via des Bots, des systèmes automatisés de conversation. Avec la plateformisation, l’IA contribue fortement à l’émulation de la FinTech.

L’IA intervient d’ailleurs déjà dans de nombreux domaines bancaires comme le trading (40 % des transactions sont automatisées), le crédit ou le factoring pour décider de payer ou non de façon automatique.

 

  • Syrtals conseille et accompagne les entreprises sur des sujets novateurs comme la Blockchain et l’IA. Plusieurs projets pilotes sont en cours. Pensez-vous que cette démarche peut faire accélérer l’innovation dans les banques ?

Cette démarche est essentielle, car les entreprises ont absolument besoin d’être accompagnées. Elles ne doivent pas rater le virage de l’IA. Cette technologie est tellement puissante que toutes les entreprises doivent s’y mettre. Elles sont déjà très en retard. Elles ont besoin d’expertise et d’aide dans la création d’un écosystème de compétences. Cette pluridisciplinarité existe depuis longtemps dans le conseil.

 

  • Comment voyez-vous l’évolution de cette technologie ?

L’IA va bien plus loin dans la digitalisation des entreprises et permet de remplacer l’être humain dans certains secteurs. Martin Chavez, Deputy Chief Financial Officer de Goldman Sachs, dit « remplacer 4 traders par un informaticien ». L’IA va avoir un impact sur les emplois et nous allons devoir inventer de nouveaux modèles de société.

Les GAFAMI (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM) aux États-Unis et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) en Asie ont construit des plateformes qui génèrent énormément de données. Ils travaillent en permanence sur l’IA. Ce sont près de 2 500 ingénieurs qui font de l’IA chez Baidu. L’Europe est en retard et se retrouve prise en sandwich. Nous sommes totalement sous-équipés et sous-développés. Nous n’avons pas de champion européen de la plateformisation (alors qu’on en trouve en Russie ou en Afrique).

L’IA nous permet de faire d’énormes progrès dans de nombreux domaines et touche tous les métiers en même temps. L’IA est une révolution bien plus importante qu’internet en 2000.

 

Retrouvez l’intégralité de notre Newsletter N° 13 de mars 2017 – https://www.syrtals.com/newsletter-syrtals-mars-2017/

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Entrepreneur, investisseur et conférencier sur les sujets des nouvelles technologies et également vice-président du conseil de l’Ensimag