Laurent ROUILLAC
PDG Syrtals SI

Paiements : la bataille du lien avec l’utilisateur

Le marché des paiements évolue aujourd’hui selon des temporalités multiples. Les technologies progressent rapidement, les usages se transforment, mais ni au même rythme ni de la même manière selon les pays, les générations ou les populations. Dans le même temps, le paiement occupe une place toujours plus importante dans l’activité économique et dans les comportements quotidiens.

Dans cet environnement, une bataille devient centrale : celle du lien avec l’utilisateur. Il faut être capable de conquérir de nouveaux utilisateurs tout en continuant à servir l’ensemble des populations, avec des attentes et des usages qui peuvent être très différents. C’est ce « dernier mètre », celui de la relation directe avec le client, qui est en permanence remis en jeu.

Le numérique donne à cette bataille une nouvelle dimension. Là où le commerce physique reste par nature lié à un territoire, le commerce numérique est mondial. Les marketplaces et les magasins virtuels donnent accès à des offres et à des acteurs de tous les pays. Pour les acteurs des paiements, banques, néo-banques ou fintechs, l’enjeu est donc de continuer à faire évoluer leurs services pour répondre à des usages de plus en plus mobiles et instantanés, tout en maintenant un niveau de sécurité adapté à des attentes qui évoluent elles aussi.

Les néo-banques ont bien compris cet enjeu en réussissant à conquérir de nouvelles populations et à construire une relation directe avec leurs utilisateurs. Le commerce agentique pourrait encore déplacer les lignes. Un agent peut déjà rechercher un produit, le sélectionner et intervenir jusqu’au paiement. Le moyen de paiement se retrouve alors intégré dans un environnement que son fournisseur ne maîtrise plus nécessairement, avec le risque de perdre progressivement ce lien avec l’utilisateur.

L’enjeu n’est donc pas d’adopter chaque nouvelle technologie, mais de comprendre celles qui répondent réellement aux évolutions des usages et permettent de rester dans la relation. Il faut connaître les technologies, savoir les appliquer mais aussi en mesurer les limites, en tenant compte des comportements des particuliers comme des entreprises, selon les marchés, les pays et les générations.

C’est précisément dans cette multiplication des technologies et des usages que notre rôle prend tout son sens. Être un lecteur averti de l’écosystème et du marché, capable d’aider les acteurs à identifier les évolutions pertinentes et à faire les bons choix. Car dans les paiements, la technologie évolue vite, mais c’est bien l’usage qui, au final, décide de sa place. 

Victor CHAMPIOT
Référent monnaies numériques

Une banque à l’heure des monnaies tokenisées

Les dépôts tokenisés et les stablecoins présentent chacun un grand intérêt pour les acteurs de la finance. Les systèmes bancaires traditionnels se connectent aux réseaux blockchain.

Ainsi, en 2026, The Bank of New York Mellon (BNY), la banque américaine spécialisée dans les services aux institutions financières et la conservation d’actifs, a intégré à son offre à la fois les dépôts tokenisés et les stablecoins.

Tokeniser les dépôts bancaires

Un token de dépôt (ou deposit token) est un jeton numérique représentant un dépôt bancaire, émis par une banque sur un registre distribué (DLT), dont les blockchains sont une forme particulière. Le dépôt tokenisé matérialise une créance sur la banque émettrice.

En janvier 2026, BNY a annoncé lancer des dépôts tokenisés pour des clients institutionnels participants. Pour cela, la banque américaine crée, sur sa blockchain privée et permissionnée, une représentation numérique des créances de dépôt à vue existantes de ses clients. C’est ici que réside la force des dépôts tokenisés : ils préservent la nature du dépôt bancaire d’un point de vue opérationnel et juridique, tout en apportant l’efficience technologique de la blockchain (disponibilité, rapidité, programmabilité).

Les premiers cas d’usage proposés par BNY concernent la gestion du collatéral et des marges, afin de permettre à ses clients d’utiliser de façon fluide leurs dépôts tokenisés comme garantie financière pour couvrir leurs engagements de marché ou pour ajuster les montants à verser lors d’appels de marge après une variation du risque.

Via les dépôts tokenisés, BNY envisage aussi de proposer des transferts de liquidités automatisés, déclenchés selon des conditions définies à l’avance et exécutés en temps quasi réel, ainsi que des paiements et règlements programmables.

Intégrer le cycle de vie des stablecoins

Un stablecoin est un type de cryptoactif particulier, visant à maintenir une valeur stable par rapport à un ou plusieurs actifs de référence, le plus souvent une monnaie ayant cours légal (exemple : le dollar). Il matérialise une créance sur l’émetteur du stablecoin.

Certaines banques choisissent d’émettre leur propre stablecoin, BNY a plutôt annoncé élargir son partenariat avec l’émetteur de stablecoin Circle en juin 2026. BNY exerçait déjà le rôle de dépositaire principal des réserves de l’USDC, et propose désormais des services liés à ce stablecoin à ses clients institutionnels. Ces derniers peuvent conserver des USDC sur un wallet sous custody de BNY, effectuer des transferts en USDC, instruire Circle via BNY afin de convertir des dollars en USDC (émission ou « mint » d’USDC) ou des USDC contre des dollars (rachat ou "burn" d’USDC), le tout de façon intégrée via une plateforme de services unique.

BNY propose ainsi à ses clients une expérience off-chain (activités traditionnelles en dollar) et on-chain (activités nouvelles en USDC) complète et sans couture, en fournissant une alternative aux intermédiaires externes habituels que sont les échanges centralisés, les solutions de conservation... Cela peut être interprété comme l’intégration dans une offre bancaire du cycle de vie des stablecoins, dont le « on-ramp/off-ramp » (entrées/sorties entre systèmes traditionnels et blockchain) est un point clé dans la maîtrise de la chaîne de valeur.

À terme, BNY prévoit d’inclure d’autres stablecoins, et de couvrir davantage de services en complément de la conservation, du transfert, de l’émission et du rachat.

Vers une stratégie d’intégration des monnaies tokenisées

Ces deux initiatives de BNY, mises en production en 2026, suggèrent une stratégie coordonnée d’intégration des monnaies tokenisées. D’un côté, les dépôts tokenisés prolongent la monnaie privée des banques sur un réseau blockchain privé et permissionné. De l’autre côté, l’extension du partenariat avec Circle fluidifie l’usage du stablecoin USDC et donne accès à une monnaie électronique tokenisée, dont la masse monétaire est déjà importante sur les réseaux blockchain publics.

Le premier objectif déjà engagé est l’élargissement de la couverture de l’offre de services, afin de répondre à la réalité opérationnelle. Les dépôts tokenisés sont adaptés à certains cas d’usage sur un réseau institutionnel fermé et autorisé, alors que l’USDC correspond davantage à d’autres cas d’usage sur un réseau plus ouvert.

Le second objectif visé est l’interopérabilité pour construire une infrastructure commune aux systèmes bancaires traditionnels, aux dépôts tokenisés et aux stablecoins. Il s’agit de fournir une couche de services institutionnelle sans se restreindre à un support spécifique, tokenisé ou non, soit une logique multisupport. La liquidité doit circuler entre des instruments et des environnements différents, tout en maintenant les niveaux de contrôles nécessaires et requis pour des clients institutions financières, gestionnaires d’actifs et infrastructures de marché. BNY propose ainsi des pistes pour adresser un défi majeur des deposit tokens et des stablecoins que constitue la fragmentation, en sélectionnant le deuxième stablecoin le plus capitalisé et doté d’une approche de conformité réglementaire et d’adoption institutionnelle, en prévoyant l’intégration d’autres stablecoins à l’avenir, en proposant une trajectoire d’interopérabilité entre les monnaies.

De la même façon que la finance tokenisée est le reflet de la finance traditionnelle, les monnaies tokenisées sont le reflet des monnaies fiduciaires traditionnelles. Le mouvement observé de tokenisation de la finance déplace les actifs sur les DLT et les blockchains, ce qui pose la question des monnaies nécessaires pour le règlement des opérations sur ces actifs tokenisés. Il se trouve que, pour cela, les monnaies tokenisées sont plus efficaces que les monnaies fiduciaires traditionnelles, car elles circulent sur la même infrastructure que les actifs tokenisés eux-mêmes : sur une DLT ou une blockchain. En intégrant à son offre les dépôts tokenisés et les stablecoins, BNY semble suivre cette stratégie pour accompagner ses clients institutionnels vers des opérations de marché plus rapides, continues et sûres, opérations qui devraient également s’étendre aux paiements.

Directeur Général Syrtals Cards & Beyond et Syrtals Compliance


Banque digitale et néo-banque : la bataille ne cesse de s’intensifier !

Notre première Saison sur les Néo-Banques date de novembre 2017. Ce qui avait, en particulier, motivé notre envie d’écrire un livre blanc à l’époque n’était autre que le lancement imminent d’Orange Bank qui faisait, dans une certaine mesure, frissonner le landerneau bancaire. Nous savons ce qu’il en est advenu.

De nombreux autres prétendants de toute nature avaient également pointé leur nez depuis plusieurs années sous quasiment toutes les latitudes, avec des perspectives et trajectoires plus ou moins solides selon leurs origines (fintechs, filiales de banques, géants du web, retailers ou opérateurs télécom…).

Au moins une centaine de tentatives de par le monde s’est transformée en autant d’échecs, aussi bien du côté des jeunes pousses que des « incumbents » (ex : Finn de JPMorgan Chase, Bo’ de Natwest, Ma French Bank de LBP…) faute, selon les cas, de business model pérenne, d’inspiration, de moyens ou de différenciation.

Toutefois, des dizaines d’autres néo-banques, à force d’opiniâtreté, de levées de fonds successives, de justesse de l’offre et de son enrichissement continu, ont pris une position enviable sur le marché à l’échelle locale ou Internationale.

Dans le lot des acteurs qui ont véritablement réussi à se démarquer, citons notamment Nubank, Revolut, Monzo, KakaoBank, Webank, Qonto, Mercury, Moneylion, SoFI, Chime, Bank, Mercado Pago… dont les résultats (CA, profit, market cap ou valorisation) sont remarquables, de quoi constituer une menace très sérieuse pour l’establishment.

Quelques chiffres à l’appui :

  • Nubank : CA 2025 15,8 milliards us$ et profit de 2,9 milliards us$ ; 140 millions de clients dans 3 pays ; marketcap 60 milliards us$
  • Revolut : CA 2025 6 milliards us$ et profit de 1,7 milliard us$ ; 80 millions de clients dans des dizaines de pays ; valorisation 105 milliards us$
  • Chime : CA 2025 2,2 milliards us $ ; 10 millions de clients actifs aux États-Unis ; marketcap 10 milliards us$
  • Kakaobank : CA 2025 2,1 milliards us$ et profit de 331 millions us$ ; 28 millions de clients en Corée du Sud ; marketcap 7 milliards us$
  • Monzo : CA 2025 1,7 milliard £ et profit de 86 millions £ ; 15,5 millions de clients au Royaume-Uni et en Irlande ; valorisation 6 milliards us$

En Asie, notons que des opérateurs telco (ex Airtel, KT Corp, SingTel) ou des bigtechs/groupes
e-commerce (Ant International, Tencent, Sea, Grab, GoTo, Rakuten…) ont tissé un réseau de banques virtuelles dans un ou plusieurs pays (Inde, Indonésie, Singapour, Hong Kong, Thaïlande, Philippines…).

Au fil des ans, les gammes de produits des néo-entrants se sont largement étoffées (BtoC et/ou BtoB, comptes, cartes, épargne, crédit, investissement, assurances, cryptos, wallet, monétique commerçant…), ce qui leur permet de conquérir plus de nouveaux clients que leurs concurrents traditionnels et d’en fidéliser un nombre croissant. De surcroît, ils obtiennent des licences ad hoc, opèrent des rachats ciblés pour pénétrer de nouveaux marchés ou diversifier leurs offres et misent ardemment sur l’innovation dont la sacro-sainte IA.

En guise d’illustration, Chime vient de se payer Stride Bank, une des deux banques sur laquelle il s’appuie depuis l’origine, Nubank, la « petite » banque brésilienne Banco Porto Real, le Mexicain Klar, Bineo le bras digital du groupe financier Banorte tandis que Revolut acquiert Banco Cetelem pour prendre pied en Argentine.

Pour incarner leur réussite éclatante, à défaut d’avoir un réseau d’agences physiques dont ils se passent volontiers, ils ne rechignent pas à se doter de sièges flambant neufs tels que ceux de Revolut ou de Qonto. 

En tout cas, pour les plus intrépides et mieux dotés, leurs appétits ne mollissent guère pour s’étendre de plus en plus en termes d’éventail de services ou de géographie. Les néo-banques mono-pays, « moyennes » ou « bancales » deviennent ainsi les cibles des poids lourds : Monzo bientôt dans l’escarcelle de Nubank si l’on en croit les dernières rumeurs ?

Par ailleurs, Nubank et Revolut débarquent ex nihilo aux États-Unis où elles se voient décerner des « bank charters » sous conditions… Le pays de l’oncle Sam sera-t-il leur futur eldorado ou synonyme de fiasco au regard des essais infructueux de leurs consœurs, ou bien sont-elles désormais suffisamment armées pour jouer des coudes auprès des JP Morgan (900 milliards us$ de marketcap) et consorts ?

Malgré les coups de boutoir indéniables qu’ils reçoivent, partout dans le monde, les protagonistes historiques ne s’en laissent pas conter (sans compter) et ont élaboré de multiples parades en créant des véhicules ad hoc (ex : Boursobank avec ses près de 10 millions de clients devenue l’étendard de la stratégie banque de détail de SG ; Hello Bank/BNPP ; Fortuneo/Arkea… dans l’Hexagone ; Nequi/Bancolombia ; FirstDirect/HSBC ; Ubank/National Australia Bank, Openbank/Santander…), en opérant des acquisitions (Nickel/BNPP ; NaranjaX/Banco Galicia en Argentine ; GoHenry/Barclays ; Curve/Lloyds Bank ; tout récemment le spécialiste BtoB Bluevine et ses 175 000 clients, racheté par Valley Bank aux États-Unis) et en accélérant la promotion de marques et services online à l’instar de Crédit Agricole/LCL, BPCE, Intesa, Itau, Chase UK, BBVA…

En outre, ils savent capitaliser sur leur bassin de clients, leur vaste éventail de produits/services et leurs canaux de distribution hybrides. Illustration de leur résilience s’il en était besoin, ils continuent d’afficher d’excellents résultats financiers et d’investir inlassablement dans la digitalisation et de nouvelles technologies.

Enfin, si nous n’avions pas suffisamment de belligérants, une nouvelle catégorie de néo-banques arrive des États-Unis, portée par la déferlante cryptos/stablecoins et sa législation plus accommodante, sans oublier les « AI-native banks » qui nous promettent des expériences hallucinantes (escomptons qu’elles ne soient pas hallucinatoires), évidemment, sans commune mesure avec ce que l’on connaît aujourd’hui…

Ne prenons pas toutes ces démarches pour argent comptant tant la saga des néo-banques peut encore nous réserver bien des surprises, ce qui nous permettra in fine de mieux distinguer les déchus des élus. 

Marc-Alexis BARRON
Directeur d'activités en charge du développement cash management corporate

WERO : le défi français de l’adoption du parcours de paiement européen

Depuis plusieurs mois, EPI1 (European Payment Initiative) intensifie ses campagnes publicitaires en vantant les promesses de simplicité de son produit « star » Wero. 

Si Wero P2P semble avoir trouvé son public (55 millions d’utilisateurs en Europe dont 72% en France), près de 48 000 commerçants revendiqués par EPI en Belgique, France (Air France, Décathlon, Fnac Darty et Orange, Leclerc, Veepee …), Allemagne (Décathlon, dm, Eventim et Lidl), Luxembourg et Pays-Bas ont déjà traité des transactions Wero E/M Com (« E-commerce » & « Mobile Commerce), ainsi que les transactions de proximité (Wero POS Point of Sale).

Mais, le succès de Wero peut-il se mesurer exclusivement à ses adhésions bancaires, ses partenariats, son adoption et son intégration marchande ainsi qu’à ses autres alliances stratégiques2  ? 

En l’espèce, 40 millions d’utilisateurs français de Wero sur le segment P2P (à juin 2026) peuvent-ils constituer à eux seuls une métrique d’appréciation quand près de 90% d’entre eux sont issus exclusivement de la migration Paylib vers Wero ? 

Côté Wero E/M-commerce, et à l’inverse du marché allemand, pionnier et pilote, porté par des volumes significatifs via les leaders de la distribution et de grandes enseignes physiques et de l’E-commerce, la situation belge interroge… Pourtant habituée à l’omniprésence du QR code et aux parcours de paiement ad hoc, la Belgique témoigne, à date, d’une adoption encore mesurée, principalement liée à une offre commerçante encore timide. Mais des projections statistiques plus optimistes laissent toutefois entrevoir une progression importante des volumes, portée notamment par la transition de Payconiq vers Wero, massifiant ainsi les flux et le nombre de comptes utilisateurs… Aux Pays-Bas, une dynamique similaire est à l’œuvre avec la migration iDEAL (très utilisé également en Belgique) vers Wero.

Quelle adoption pour Wero E/M-commerce en France ?

Paradoxalement, les perspectives restent prudentes sur un marché pourtant connu pour sa complexité. Prenons pour exemple le décollage spectaculaire du paiement CB sans contact, favorisé par les contraintes liées au Covid.

En réalité, la vraie métrique à prendre en compte, le « juge de paix », pour le marché français, ne réside pas dans l’offre compétitive aux payeurs et commerçants, en termes d'acceptation « universelle », de coût (« fees » commerçants), de performance, de sécurité et de facilité d'intégration…, mais bien dans le parcours paiement proposé, son impact et ressenti pour le consommateur français comme pour le marchand.

Après tout, la promesse de Wero n’est-elle pas de proposer une expérience de paiement simple, fluide (avec le moins de frictions possible) et la plus rapide possible ? 

Concrètement, les parcours client définis par EPI pour Wero E-commerce et M-commerce se déroulent comme suit : 

  • En E-commerce avec une navigation via un ordinateur : sur la page de paiement du commerçant, le payeur sélectionne le bouton Wero puis scanne un QR code affiché à l'écran à l’aide de son smartphone et son wallet EPI (iOS ou Android). Une page de confirmation s'affiche alors sur le wallet EPI du payeur qui a la possibilité de s’authentifier pour valider le paiement.
  • En M-commerce et une navigation sur un smartphone : en remplacement de l'utilisation du QR code, le payeur est redirigé vers une page d'accueil Wero, sur laquelle il peut choisir le wallet EPI qu'il souhaite utiliser. Le parcours décrit précédemment se poursuit ensuite sur le wallet EPI du payeur.

Un nouveau parcours à inscrire dans les usages français
 

Le consommateur français, on le sait, reste très attaché à la carte bancaire pour les paiements en ligne comme pour les paiements de proximité. Néanmoins, sous l’impulsion des nouveaux codes de consommation et de paiement des nouvelles générations (Y/Millenials), la dématérialisation des supports physiques de paiement (carte bancaire intégrée au smartphone via les wallets, Apple Pay…) s’est rapidement affirmée comme un standard de paiement. 

Ainsi, conforté par l’omniprésence du smartphone dans les usages quotidiens (paiement, gestion financière & bancaire, commande, transport, administratif…), Wero peut y trouver un terrain favorable à son déploiement en France, malgré un parcours E-commerce qui présente encore des marges d’optimisation : flashage de QR-codes, recours à plusieurs appareils pour le parcours E-commerce (ordinateur, smartphone), parcours de paiement en constante amélioration … 

Cependant, ces frictions s’atténuent dès le deuxième achat chez le même E-commerçant : le client est reconnu par son ID wallet (une sorte de cookie qui le reconnait et l’affranchit du flashage du QR code), son parcours sera ainsi plus simple et plus rapide.

En revanche, le parcours M-commerce comme celui du POS Point of Sale (à venir) pourrait bénéficier d’une adoption plus naturelle par les consommateurs français, dans la mesure où l’expérience de paiement se rapproche davantage des usages déjà installés via les wallets Apple Pay/GPay… et du paiement numérique via les smartphones.

En réalité, deux points d’attention apparaissent déterminants pour l’adoption du parcours client Wero E-commerce : 

- l’impact des wallet (Apple Pay …) sur les habitudes de paiement électroniques et l’adhésion des consommateurs à leurs standards, 

- la méfiance des Français dans le flashage de QR-code pour effectuer un paiement (sécurité oblige !).

Pour le marché français, l’expérience utilisateur (simplicité, fluidité, confiance & sécurité) demeure donc cruciale pour une adoption à grande échelle.


Trois points d’attention pour favoriser l’adoption

Trois points d’attention peuvent être identifiés parmi les conditions de succès de Wero E/M-commerce et de ses parcours clients : 

1 – Installer Wero face à des usages de paiement déjà bien ancrés
Une notoriété en construction pourrait inciter certains E-commerçants français à attendre un peu avant d’intégrer un nouveau moyen de paiement européen à leur page de paiement. L’ajout d'une nouvelle solution comme Wero pourrait accroitre la complexité de choix pour les consommateurs.

2- Accompagner le déploiement progressif de l’écosystème
Wero implique l’adoption d’une nouvelle habitude de paiement et la création progressive d’un nouveau réflexe chez le client, face à des usages déjà installés comme Apple Pay ou la carte bancaire. 

De même, bien que Wero (dans son premier lot de déploiement) soit intégré aux applications bancaires, le recours à l'app EPI dédiée dite « standalone » dans un second temps (téléchargeable sur les stores iOS et Android) pourra nécessiter un temps d’acculturation supplémentaire pour les utilisateurs 

L’enjeu pour EPI sera donc d’accompagner avec attention le déploiement de cette application et l’évolution des usages. A cela s’ajoute la question de la couverture bancaire : si la banque d'un consommateur ou d’un commerçant n'a pas adhéré à Wero (EPI), elle ne pourra pas activer le service. 

3- Enrichir progressivement les fonctionnalités et la couverture de la solution

Le déploiement étant progressif, toutes les fonctionnalités ne sont pas encore disponibles (BNPL, cashback...). Certaines de ces fonctionnalités avancées sont pourtant très attendues. De même, le paiement différé n’est pas encore proposé, contrairement à certaines cartes bancaires, solutions de crédit ou wallet tels qu’Apple Pay, depuis peu. 

Wero doit désormais poursuivre son développement et élargir son adoption dans un marché où les solutions adossées à la carte bancaire restent solidement établies. Mais la dynamique engagée témoigne aussi d’une détermination européenne commune pour construire une alternative souveraine et à installer durablement Wero dans le paysage des paiements.

1 le 17 septembre 2026

2  Cf. Worldline 

Nidhal JAADARY
Directeur général Syrtals Market

REPORT ONCE : simplifier le reporting ou repenser sa chaîne de production ?

En juillet 2026, l’ESMA a recommandé une évolution à terme vers un cadre intégré de transaction reporting couvrant MiFIR, EMIR et SFTR.

L’objectif affiché est clair : réduire les duplications, améliorer la qualité des données et diminuer le coût d’un dispositif devenu progressivement complexe. Selon l’analyse coûts-bénéfices publiée avec le rapport, le modèle envisagé pourrait réduire les coûts récurrents de 22 à 24 %, soit jusqu’à 1 milliard d’euros par an à l’échelle européenne.
Mais derrière le principe relativement intuitif de « Report Once », une question plus opérationnelle se pose : que faudra-t-il réellement simplifier dans les banques pour pouvoir reporter une donnée une seule fois ? Une complexité qui ne vient pas uniquement du reporting.

Le constat posé par l’ESMA est intéressant. La complexité actuelle provient notamment des chevauchements entre réglementations, de canaux de reporting fragmentés, d’évolutions réglementaires fréquentes et non synchronisées, ainsi que du dual-sided reporting et des processus de réconciliation associés.

Au fil des réglementations, les établissements ont naturellement construit les dispositifs nécessaires pour répondre à chaque obligation. MiFIR, EMIR et SFTR ont ainsi développé leurs propres règles, contrôles, enrichissements, processus de remédiation et, souvent, leurs propres chaînes technologiques.

Ce modèle répond aux obligations actuelles. Mais il pose une question lorsque l’objectif devient « Report Once » : où se situe réellement la duplication ? Dans le report envoyé au régulateur ? Ou beaucoup plus en amont, dans les données, les enrichissements, les contrôles et les processus qui permettent de le produire ?

Report Once ne veut pas nécessairement dire « One Report ». C’est probablement une distinction importante. Les trois réglementations ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs et les produits couverts conservent leurs spécificités.

L’ESMA ne propose donc pas simplement de fusionner trois reportings dans un fichier unique. Elle recommande un framework commun et modulaire, capable de préserver les informations nécessaires à chaque mandat de supervision tout en évitant de demander plusieurs fois la même information. Autrement dit, la simplification recherchée porte autant sur la réutilisation de la donnée que sur le reporting lui-même. Et c’est là que le sujet devient intéressant pour les modèles opérationnels des CIB.

La prochaine frontière : rationaliser ce qui précède le report. Avant qu’une transaction soit reportée, elle doit être identifiée, qualifiée, enrichie et contrôlée.

- Counterparty data.
- Product classification.
- Identifiers.
- Lifecycle events.
- Timestamps.
- Booking information.
- Reporting responsibility.

Une partie de ces informations est spécifique à une réglementation. Une autre est commune ou proche entre plusieurs obligations.

La question pour les établissements pourrait donc progressivement devenir : quelles briques doivent rester spécifiques à EMIR, MiFIR ou SFTR et lesquelles peuvent être mutualisées ?

Cela concerne naturellement l’architecture IT, mais pas uniquement. Cela pose également la question de l’ownership de la donnée, de la localisation des contrôles, des processus de remédiation et, à terme, de l’organisation des équipes de Regulatory Reporting. Le risque serait d’ajouter une nouvelle couche à celles qui existent déjà. Il existe cependant un paradoxe. Pour simplifier l’avenir, les établissements devront probablement transformer leur quotidien.


L’ESMA elle-même retient une approche progressive. Les changements nécessiteront des évolutions législatives, puis un travail avec l’industrie sur les templates, les standards de données et les infrastructures.
La transition sera donc déterminante. Un programme Report Once qui viendrait simplement se superposer aux chaînes existantes pourrait temporairement produire exactement l’effet inverse de celui recherché : davantage d’interfaces, de contrôles et de réconciliations.

La simplification ne viendra donc probablement pas uniquement du nouveau framework réglementaire. Elle dépendra aussi de la capacité des établissements à identifier ce qu’ils peuvent réellement supprimer, mutualiser ou déplacer en amont. Commencer par une question simple. Le modèle cible n’est pas encore défini et il serait prématuré de lancer aujourd’hui un programme « Report Once ».


En revanche, les établissements peuvent déjà mesurer leur niveau de fragmentation. Combien de fois une même donnée est-elle extraite ou enrichie ? Combien de contrôles similaires sont-ils exécutés dans différentes chaînes ? Combien d’exceptions trouvent leur origine dans la donnée source plutôt que dans la réglementation elle-même ? Et surtout : combien coûte aujourd’hui la fragmentation de notre propre architecture de Regulatory Reporting ?
L’ESMA estime que Report Once pourrait réduire de 22 à 24 % les coûts récurrents du transaction reporting. La prochaine étape pour les établissements sera peut-être de comprendre où se trouvent leurs propres 22 %.

Busra DEMIR
Ingénieure Commerciale

RETOUR SUR NOTRE WEBINAIRE
Engagements hors bilan : un enjeu stratégique pour les directions financières

Le 9 juillet 2026, Laëtitia LEFÉBURE, directrice commerciale – TAÏGA ; José TEIXEIRA, directeur d’activité – SYRTALS ; et Gwenaëlle LEDUC, responsable trésorerie et financements – Groupe Fauché, ont animé un webinaire consacré au pilotage des cautions, garanties et crédits documentaires.

Leurs échanges ont mis en lumière un constat : les engagements hors bilan ne relèvent pas uniquement du juridique ou de l’annexe comptable. Ils constituent un véritable enjeu de pilotage financier, avec des incidences directes sur la mobilisation des lignes bancaires, les frais financiers, la qualité du reporting et la maîtrise des risques.

Votre organisation dispose-t-elle d’une vision consolidée de ses cautions et garanties ?

Savez-vous précisément quelles lignes bancaires restent mobilisées par des engagements en attente de mainlevée ? Vos équipes consacrent-elles encore un temps important à rechercher l’information ou à reconstruire des reportings à partir de fichiers dispersés ?

Ces questions se posent tout particulièrement dans les groupes multi-entités ou en croissance, où les cautions et garanties impliquent de nombreux acteurs. Trésorerie, comptabilité, juridique et équipes opérationnelles doivent alors partager une information fiable et intervenir au bon moment tout au long du cycle de vie des engagements.

Le retour d’expérience du Groupe Fauché

Lors du webinaire, Gwenaëlle LEDUC a partagé son expérience dans un contexte de développement continu et de forte volumétrie d’engagements.

La mise en place de TAÏGA Securities a permis de centraliser les données et les documents associés aux cautions, notamment les actes, les pièces de marché et les échanges, afin de disposer d’une vision consolidée et accessible. Cette centralisation a généré des gains de temps dans la gestion quotidienne comme dans la production des reportings.

La solution a également aidé le Groupe Fauché à absorber l’augmentation du volume d’engagements, y compris lors d’opérations de croissance externe, en facilitant l’intégration des encours et de la documentation associée.

Autre enjeu déterminant : la sensibilisation des opérationnels aux sujets de cautions et de mainlevées. Grâce à une information mieux structurée et à des reportings réguliers, les équipes peuvent être davantage impliquées dans le suivi des engagements échus et dans la libération des lignes correspondantes.

Au-delà de l’outil, cette démarche a contribué à structurer l’organisation de la fonction Trésorerie sur le périmètre des cautions, à professionnaliser les pratiques et à améliorer la qualité du suivi présenté aux partenaires financiers.

TAÏGA et Technospheris : des expertises complémentaires

TAÏGA Securities est une solution spécialisée dans la gestion des cautions, garanties émises et reçues, et crédits documentaires. Elle permet notamment de centraliser les engagements, de suivre les autorisations par garant, de paramétrer les circuits de validation, de contrôler les frais et d’anticiper les échéances grâce à des alertes personnalisables.

La valeur d’un tel projet repose également sur sa bonne intégration dans l’écosystème financier de l’entreprise. C’est dans cette perspective que Technospheris, filiale du groupe SYRTALS, accompagne les directions financières dans leurs réflexions et leurs projets liés à la trésorerie, aux TMS, au cash management, aux paiements et à la communication bancaire.

Les équipes Technospheris peuvent intervenir dès la définition du besoin, accompagner le choix de la solution, faciliter la relation avec l’éditeur et contribuer à son intégration dans l’environnement existant. Elles restent également présentes pour accompagner les évolutions futures de la solution, des processus et des interfaces.

Cette complémentarité permet ainsi d’associer expertise métier, solution technologique et accompagnement opérationnel, au service d’un pilotage plus fiable et plus efficace des engagements financiers.

Réaliser un bilan de situation

Ces enjeux font écho à votre organisation ? Vous souhaitez évaluer la maturité de vos processus, mieux maîtriser vos engagements hors bilan ou engager une réflexion sur vos outils de trésorerie ?

Nos équipes sont à votre disposition pour :

  • réaliser un audit ou un diagnostic de vos engagements hors bilan ;
  • identifier les risques et les leviers d’optimisation de vos processus ;
  • organiser une démonstration personnalisée de TAÏGA Securities ;
  • vous conseiller sur le choix, l’intégration ou l’évolution de vos solutions ;
  • vous accompagner dans vos projets de TMS, de cash management et de communication bancaire.

Pour toute question ou demande d’échange, vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : division.corporate@syrtals.com

Ana Catalina MACAYA VARGAS - Directrice transaction banking, Groupe La Banque Postale

L’interview d’Ana Catalina Macaya Vargas, Directrice transaction banking, Groupe La Banque Postale

La convergence des paiements instantanés, de la facturation électronique et des solutions de financement ouvre de nouvelles perspectives pour la gestion des flux et de la trésorerie des entreprises. Ana Catalina Macaya Vargas, Directrice Transaction Banking du Groupe La Banque Postale, revient sur cette transformation, l’intégration des services de facturation, d’encaissement et de financement et l’évolution du rôle de la banque transactionnelle. Elle analyse également les conditions nécessaires au développement de nouveaux usages de paiement, notamment autour de Wero.


Question 1 : Les paiements instantanés, la facturation électronique et les nouveaux services de financement tendent aujourd’hui à converger. Comment cette évolution transforme-t-elle les attentes des entreprises et, plus largement, le rôle de la banque transactionnelle dans le pilotage de leurs flux et de leur trésorerie ?

En effet, sur le terrain, on observe une vraie mutation technologique.

D’un côté nous avons les couches « amont » de la chaîne de valeur (au contact de nos clients entreprises) qui convergent de plus en plus en un point, cela peut être l’ERP, le logiciel de caisse, une plateforme d’e-commerce ou bien une plateforme technique ad hoc qui s’intègre bien avec le reste de l’écosystème technique du client. Nous constatons que ce point de convergence technique est propre à chaque secteur ou verticale d’activité de nos clients.

Et de l’autre côté on assiste à la montée en puissance du virement instantané porté jusqu’à maintenant par les usages retail (PtoP). En BtoB la montée en puissance se heurte encore à quelques obstacles techniques tout au long de la chaîne de valeur : 

  • du côté des banques : incapacité des banques à proposer des tenues de compte et des relevés en temps réel, des solutions de gestion de trésorerie, de placement et de financement en temps réel ;
  • du côté des entreprises des process et des systèmes comptables et de gestion de trésorerie qui ne sont pas capables non plus de gérer le temps réel ;

Ainsi, combien même l’écosystème est aujourd’hui capable de traiter des virements BtoB en temps réel, la valeur n’est pas créée uniquement par l’instantanéité de la brique paiement. Il faut que l’ensemble de l’écosystème évolue pour que cela soit créateur de valeur. Néanmoins, l’arrivée de Wero, notamment sur le volet EM Commerce qui va booster les usages, ainsi que le développement de la finance tokenisée, qui est nativement conçue pour fonctionner en temps réel, vont agir comme des catalyseurs, booster les usages et pousser le reste de l’écosystème à se transformer.

Alors, concrètement, qu’est-ce que ça change pour les entreprises ? Elles attendent trois choses :

  • De la modularité : des briques technologiques qu’elles peuvent utiliser à la carte, ou intégrer dans un package plus large, selon leurs besoins.
  • Une transition en douceur : pas de rupture brutale entre l’ancien et le nouveau, mais une évolution progressive, sans friction.
  • De la cohérence : que tout soit synchronisé – les flux, les placements, le financement –, pour une gestion de trésorerie optimale et sécurisée.

Les entreprises sont donc aujourd’hui en attente de solutions de financement ou de placement sur mesure et en temps réel sans pour autant bouleverser leur quotidien. Un bon exemple combinant plateforme de Facturation électronique, services de financement et virements instantanés est celui de l’affacturage et c’est la banque qui se retrouve en clé de voûte du service :

  • La plateforme de gestion des factures est un socle technique déjà présent chez les entreprises permettant de détecter les créances ou les factures reçues éligibles à des services de financement. Elle permet grâce à des API l’interrogation d’acteur spécialisés (Factors…) et de proposer des solutions de financement à la facture.
  • Ces acteurs spécialisés ont désormais la capacité d’apporter en quelques secondes une réponse sur le dossier de financement.
  • En complément le virement instantané permet la mise à disposition immédiate des fonds pour offrir une expérience temps réel du service. »

Et pour les banques, c’est une vraie opportunité. On ne se contente plus d’exécuter des transactions. On devient un partenaire stratégique, un tiers de confiance. Notre valeur ajoutée, c’est d’abord une connaissance intime de nos clients et de leurs écosystèmes, mais aussi une capacité à leur proposer des solutions techniques développées en propre ou en lien avec nos partenaires techniques qui répondent exactement à leurs besoins, sans jamais sacrifier la sécurité.

Au final, les banques qui réussiront seront celles qui sauront allier innovation technologique, conseil sur mesure et intégration fluide dans les processus de leurs clients. C’est comme ça qu’on deviendra des partenaires incontournables pour la gestion de leur trésorerie et de leurs flux financiers.

Question 2 : La Banque Postale développe des solutions de paiement, de facturation électronique et de gestion des flux, notamment avec Docaposte et eZyness. Comment articulez-vous ces différentes briques pour proposer aux entreprises un parcours intégré, de l’émission de la facture jusqu’à l’encaissement, au rapprochement et, le cas échéant, au financement ?

À La Banque Postale, nous avons une vraie chance : celle de faire partie d’un groupe comme La Poste, qui regroupe des expertises complémentaires, notamment avec Docaposte pour la gestion de documents et de factures, et eZyness pour les solutions de paiement. Notre objectif ? Utiliser ces briques pour offrir aux entreprises un parcours intégré, de la facture à l’encaissement, en passant par le rapprochement et, si besoin, le financement.

Sur la facturation électronique, nous avons identifié un vrai besoin. Beaucoup de banques proposent des solutions pour les TPE ou les très grandes entreprises, mais il y avait un vide pour les entreprises de taille moyenne. C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers Seres, une filiale de Docaposte, qui dispose d’une solution déjà éprouvée en Europe et conforme aux exigences réglementaires françaises. Au-delà de la simple conformité, cette solution permet aux entreprises d’automatiser tout le processus : du contrôle des factures à leur validation, en passant par l’enrôlement des fournisseurs. À terme, nous voulons aller plus loin, avec des services comme le rapprochement automatique ou le financement des factures. Mais pour cela, il faut encore travailler sur l’interopérabilité avec les systèmes de trésorerie et d’affacturage. C’est d’ailleurs un sujet que nous co-pilotons dans un groupe de travail au niveau de la place.

Ensuite, il y a notre plateforme Multi-encaissement, conçue comme un hub central. Historiquement, chaque moyen de paiement avait son propre système de gestion : un outil pour l’e-commerce, un autre pour les prélèvements, un autre encore pour les chèques… Résultat : des intégrations complexes et une vision morcelée. Avec Multi-encaissement, nous avons tout unifié. Les entreprises ont désormais une vue à 360° de leurs encaissements, avec la possibilité de piloter les relances, de suivre les échéances et d’adapter les moyens de paiement proposés à leurs clients. Et surtout, nous n’avons pas laissé de côté les moyens traditionnels comme les chèques ou l’espèce, qui restent importants dans certains secteurs. La plateforme permet même d’accompagner nos clients dans la migration vers des moyens plus modernes, comme les cartes, les wallets ou demain l’EPI.

L’avantage, c’est que tout est connecté. La solution Multi-encaissement ne se contente pas de collecter les paiements : elle suit le cycle de vie de la facture, en s’intégrant directement au système d’information de l’entreprise, via API ou échange de fichiers. Ainsi, nos clients peuvent tout à fait combiner la gestion de factures électroniques et le Multi-encaissement pour automatiser l’émission des factures, suivre leur paiement et avoir une vision unifiée de leur trésorerie.

En résumé, notre approche repose sur trois piliers :

  • L’intégration : relier les briques de facturation, d’encaissement et de financement pour fluidifier le parcours.
  • L’automatisation : réduire les tâches manuelles et les risques d’erreurs.
  • L’accompagnement : aider les entreprises à évoluer vers des solutions plus modernes, sans rupture.

C’est comme cela que nous transformons la gestion des flux en un véritable levier de performance pour nos clients.

Question 3 : Les premiers tests d’interopérabilité entre Wero, Bancomat et MB WAY ouvrent la voie à des paiements paneuropéens plus intégrés. Quelles sont désormais les conditions à réunir pour passer de ces expérimentations à des usages industriels largement adoptés par les banques, les entreprises, les commerçants et les consommateurs ?

En premier lieu, il ne faut pas se tromper, avant de pouvoir être une solution pleinement adoptée par les commerçants, il faut déjà réussir la première étape consistant à asseoir la notoriété de WERO afin d‘en faire une évidence de moyen de paiement pour le mass-market. Le bon démarrage de Wero en France avec le P2P, qui a bénéficié du transfert des clients Paylib, représente un vrai pas dans cette direction. Toutefois, il reste encore des freins à une adhésion massive à cette solution et cela passe par un lancement de Wero par l’ensemble des établissements bancaires auprès de leurs clients de la banque de détail.

La seconde étape, visant à proposer ce moyen d’encaissement à nos commerçants en E/M commerce comme en proximité, nécessite de s’assurer au préalable de disposer d’un volume suffisant d’acheteurs prêt à payer avec cette solution. Sans atteindre cette masse critique, le taux d’acceptation risque de rester assez faible et de déclencher de la déception chez nos commerçants. C’est ce qui avait fait défaut lors de la mise en place de la solution E/M commerce avec Paylib et qu’il serait dommage de reproduire. Plusieurs enseignes (Veepee, Orange, École du Ski Français) ont déjà annoncé l’intégration de WERO, mais le rythme d’adoption côté marchands reste encore globalement faible. Cela ne veut pas dire que ça ne marchera pas, c’est le phénomène classique de l’adoption des nouveaux moyens de paiement : le problème de l’œuf et de la poule. Les commerçants attendent qu’il y ait suffisamment de clients (payeurs) pour justifier l’intégration d’une nouvelle solution, tandis que les consommateurs, eux, attendent que suffisamment de commerçants l’acceptent pour l’adopter. Chaque banque décide de sa stratégie pour promouvoir la solution auprès de leurs différentes clientèles (payeurs et commerçants) au bon moment.

À mon sens, l’année 2027 permettra à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur de résoudre les sujets restant à traiter comme la comptabilité ou la gestion des liquidités en temps réel. Cette année sera charnière pour le lancement des solutions d’encaissement WERO annonciatrice de vrai changement comportemental dans un univers monétique en perpétuelle évolution.

La réussite dépendra de la mise en place rapide du hub central, de l’adhésion massive des banques et commerçants, de la résolution des freins techniques et réglementaires, et de la capacité à convaincre les utilisateurs finaux de l’intérêt de ces solutions face aux géants américains. L’Europe a désormais une feuille de route claire, mais le véritable test sera l’adoption à grande échelle d’ici 2027.