RUBRIQUE SYRTALS CARDS

Banque digitale et néo-banque : la bataille ne cesse de s’intensifier !
Notre première Saison sur les Néo-Banques date de novembre 2017. Ce qui avait, en particulier, motivé notre envie d’écrire un livre blanc à l’époque n’était autre que le lancement imminent d’Orange Bank qui faisait, dans une certaine mesure, frissonner le landerneau bancaire. Nous savons ce qu’il en est advenu.
De nombreux autres prétendants de toute nature avaient également pointé leur nez depuis plusieurs années sous quasiment toutes les latitudes, avec des perspectives et trajectoires plus ou moins solides selon leurs origines (fintechs, filiales de banques, géants du web, retailers ou opérateurs télécom…).
Au moins une centaine de tentatives de par le monde s’est transformée en autant d’échecs, aussi bien du côté des jeunes pousses que des « incumbents » (ex : Finn de JPMorgan Chase, Bo’ de Natwest, Ma French Bank de LBP…) faute, selon les cas, de business model pérenne, d’inspiration, de moyens ou de différenciation.
Toutefois, des dizaines d’autres néo-banques, à force d’opiniâtreté, de levées de fonds successives, de justesse de l’offre et de son enrichissement continu, ont pris une position enviable sur le marché à l’échelle locale ou Internationale.
Dans le lot des acteurs qui ont véritablement réussi à se démarquer, citons notamment Nubank, Revolut, Monzo, KakaoBank, Webank, Qonto, Mercury, Moneylion, SoFI, Chime, Bank, Mercado Pago… dont les résultats (CA, profit, market cap ou valorisation) sont remarquables, de quoi constituer une menace très sérieuse pour l’establishment.
Quelques chiffres à l’appui :
- Nubank : CA 2025 15,8 milliards us$ et profit de 2,9 milliards us$ ; 140 millions de clients dans 3 pays ; marketcap 60 milliards us$
- Revolut : CA 2025 6 milliards us$ et profit de 1,7 milliard us$ ; 80 millions de clients dans des dizaines de pays ; valorisation 105 milliards us$
- Chime : CA 2025 2,2 milliards us $ ; 10 millions de clients actifs aux États-Unis ; marketcap 10 milliards us$
- Kakaobank : CA 2025 2,1 milliards us$ et profit de 331 millions us$ ; 28 millions de clients en Corée du Sud ; marketcap 7 milliards us$
- Monzo : CA 2025 1,7 milliard £ et profit de 86 millions £ ; 15,5 millions de clients au Royaume-Uni et en Irlande ; valorisation 6 milliards us$
En Asie, notons que des opérateurs telco (ex Airtel, KT Corp, SingTel) ou des bigtechs/groupes
e-commerce (Ant International, Tencent, Sea, Grab, GoTo, Rakuten…) ont tissé un réseau de banques virtuelles dans un ou plusieurs pays (Inde, Indonésie, Singapour, Hong Kong, Thaïlande, Philippines…).
Au fil des ans, les gammes de produits des néo-entrants se sont largement étoffées (BtoC et/ou BtoB, comptes, cartes, épargne, crédit, investissement, assurances, cryptos, wallet, monétique commerçant…), ce qui leur permet de conquérir plus de nouveaux clients que leurs concurrents traditionnels et d’en fidéliser un nombre croissant. De surcroît, ils obtiennent des licences ad hoc, opèrent des rachats ciblés pour pénétrer de nouveaux marchés ou diversifier leurs offres et misent ardemment sur l’innovation dont la sacro-sainte IA.
En guise d’illustration, Chime vient de se payer Stride Bank, une des deux banques sur laquelle il s’appuie depuis l’origine, Nubank, la « petite » banque brésilienne Banco Porto Real, le Mexicain Klar, Bineo le bras digital du groupe financier Banorte tandis que Revolut acquiert Banco Cetelem pour prendre pied en Argentine.
Pour incarner leur réussite éclatante, à défaut d’avoir un réseau d’agences physiques dont ils se passent volontiers, ils ne rechignent pas à se doter de sièges flambant neufs tels que ceux de Revolut ou de Qonto.
En tout cas, pour les plus intrépides et mieux dotés, leurs appétits ne mollissent guère pour s’étendre de plus en plus en termes d’éventail de services ou de géographie. Les néo-banques mono-pays, « moyennes » ou « bancales » deviennent ainsi les cibles des poids lourds : Monzo bientôt dans l’escarcelle de Nubank si l’on en croit les dernières rumeurs ?
Par ailleurs, Nubank et Revolut débarquent ex nihilo aux États-Unis où elles se voient décerner des « bank charters » sous conditions… Le pays de l’oncle Sam sera-t-il leur futur eldorado ou synonyme de fiasco au regard des essais infructueux de leurs consœurs, ou bien sont-elles désormais suffisamment armées pour jouer des coudes auprès des JP Morgan (900 milliards us$ de marketcap) et consorts ?
Malgré les coups de boutoir indéniables qu’ils reçoivent, partout dans le monde, les protagonistes historiques ne s’en laissent pas conter (sans compter) et ont élaboré de multiples parades en créant des véhicules ad hoc (ex : Boursobank avec ses près de 10 millions de clients devenue l’étendard de la stratégie banque de détail de SG ; Hello Bank/BNPP ; Fortuneo/Arkea… dans l’Hexagone ; Nequi/Bancolombia ; FirstDirect/HSBC ; Ubank/National Australia Bank, Openbank/Santander…), en opérant des acquisitions (Nickel/BNPP ; NaranjaX/Banco Galicia en Argentine ; GoHenry/Barclays ; Curve/Lloyds Bank ; tout récemment le spécialiste BtoB Bluevine et ses 175 000 clients, racheté par Valley Bank aux États-Unis) et en accélérant la promotion de marques et services online à l’instar de Crédit Agricole/LCL, BPCE, Intesa, Itau, Chase UK, BBVA…
En outre, ils savent capitaliser sur leur bassin de clients, leur vaste éventail de produits/services et leurs canaux de distribution hybrides. Illustration de leur résilience s’il en était besoin, ils continuent d’afficher d’excellents résultats financiers et d’investir inlassablement dans la digitalisation et de nouvelles technologies.
Enfin, si nous n’avions pas suffisamment de belligérants, une nouvelle catégorie de néo-banques arrive des États-Unis, portée par la déferlante cryptos/stablecoins et sa législation plus accommodante, sans oublier les « AI-native banks » qui nous promettent des expériences hallucinantes (escomptons qu’elles ne soient pas hallucinatoires), évidemment, sans commune mesure avec ce que l’on connaît aujourd’hui…
Ne prenons pas toutes ces démarches pour argent comptant tant la saga des néo-banques peut encore nous réserver bien des surprises, ce qui nous permettra in fine de mieux distinguer les déchus des élus.