Nidhal JAADARY
Directeur général Syrtals Market

REPORT ONCE : simplifier le reporting ou repenser sa chaîne de production ?

En juillet 2026, l’ESMA a recommandé une évolution à terme vers un cadre intégré de transaction reporting couvrant MiFIR, EMIR et SFTR.

L’objectif affiché est clair : réduire les duplications, améliorer la qualité des données et diminuer le coût d’un dispositif devenu progressivement complexe. Selon l’analyse coûts-bénéfices publiée avec le rapport, le modèle envisagé pourrait réduire les coûts récurrents de 22 à 24 %, soit jusqu’à 1 milliard d’euros par an à l’échelle européenne.
Mais derrière le principe relativement intuitif de « Report Once », une question plus opérationnelle se pose : que faudra-t-il réellement simplifier dans les banques pour pouvoir reporter une donnée une seule fois ? Une complexité qui ne vient pas uniquement du reporting.

Le constat posé par l’ESMA est intéressant. La complexité actuelle provient notamment des chevauchements entre réglementations, de canaux de reporting fragmentés, d’évolutions réglementaires fréquentes et non synchronisées, ainsi que du dual-sided reporting et des processus de réconciliation associés.

Au fil des réglementations, les établissements ont naturellement construit les dispositifs nécessaires pour répondre à chaque obligation. MiFIR, EMIR et SFTR ont ainsi développé leurs propres règles, contrôles, enrichissements, processus de remédiation et, souvent, leurs propres chaînes technologiques.

Ce modèle répond aux obligations actuelles. Mais il pose une question lorsque l’objectif devient « Report Once » : où se situe réellement la duplication ? Dans le report envoyé au régulateur ? Ou beaucoup plus en amont, dans les données, les enrichissements, les contrôles et les processus qui permettent de le produire ?

Report Once ne veut pas nécessairement dire « One Report ». C’est probablement une distinction importante. Les trois réglementations ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs et les produits couverts conservent leurs spécificités.

L’ESMA ne propose donc pas simplement de fusionner trois reportings dans un fichier unique. Elle recommande un framework commun et modulaire, capable de préserver les informations nécessaires à chaque mandat de supervision tout en évitant de demander plusieurs fois la même information. Autrement dit, la simplification recherchée porte autant sur la réutilisation de la donnée que sur le reporting lui-même. Et c’est là que le sujet devient intéressant pour les modèles opérationnels des CIB.

La prochaine frontière : rationaliser ce qui précède le report. Avant qu’une transaction soit reportée, elle doit être identifiée, qualifiée, enrichie et contrôlée.

- Counterparty data.
- Product classification.
- Identifiers.
- Lifecycle events.
- Timestamps.
- Booking information.
- Reporting responsibility.

Une partie de ces informations est spécifique à une réglementation. Une autre est commune ou proche entre plusieurs obligations.

La question pour les établissements pourrait donc progressivement devenir : quelles briques doivent rester spécifiques à EMIR, MiFIR ou SFTR et lesquelles peuvent être mutualisées ?

Cela concerne naturellement l’architecture IT, mais pas uniquement. Cela pose également la question de l’ownership de la donnée, de la localisation des contrôles, des processus de remédiation et, à terme, de l’organisation des équipes de Regulatory Reporting. Le risque serait d’ajouter une nouvelle couche à celles qui existent déjà. Il existe cependant un paradoxe. Pour simplifier l’avenir, les établissements devront probablement transformer leur quotidien.


L’ESMA elle-même retient une approche progressive. Les changements nécessiteront des évolutions législatives, puis un travail avec l’industrie sur les templates, les standards de données et les infrastructures.
La transition sera donc déterminante. Un programme Report Once qui viendrait simplement se superposer aux chaînes existantes pourrait temporairement produire exactement l’effet inverse de celui recherché : davantage d’interfaces, de contrôles et de réconciliations.

La simplification ne viendra donc probablement pas uniquement du nouveau framework réglementaire. Elle dépendra aussi de la capacité des établissements à identifier ce qu’ils peuvent réellement supprimer, mutualiser ou déplacer en amont. Commencer par une question simple. Le modèle cible n’est pas encore défini et il serait prématuré de lancer aujourd’hui un programme « Report Once ».


En revanche, les établissements peuvent déjà mesurer leur niveau de fragmentation. Combien de fois une même donnée est-elle extraite ou enrichie ? Combien de contrôles similaires sont-ils exécutés dans différentes chaînes ? Combien d’exceptions trouvent leur origine dans la donnée source plutôt que dans la réglementation elle-même ? Et surtout : combien coûte aujourd’hui la fragmentation de notre propre architecture de Regulatory Reporting ?
L’ESMA estime que Report Once pourrait réduire de 22 à 24 % les coûts récurrents du transaction reporting. La prochaine étape pour les établissements sera peut-être de comprendre où se trouvent leurs propres 22 %.