CASH MANAGEMENT

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Thierry DINARD

Directeur d’activité / études au forfait

Prélèvement : comment renforcer la confiance en ce moyen de paiement ?

Avec 4 800 millions de paiements réalisés en 2021, le prélèvement est un moyen de paiement en croissance constante. Or le prélèvement (sous forme SDD CORE ou via un TIP SEPA) est un moyen de paiement non garanti et son taux de R-transactions augmente, se situant désormais entre 2,5 % et 3 % de rejets ou retours, tous motifs confondus. Le retour de l’inflation et la pression exercée sur le budget des ménages risquent d’accroître encore les impayés, les SDD étant quasi systématiquement rejetés par le chargé de clientèle du teneur de compte quand ils occasionnent un dépassement du découvert autorisé.

Il nous semble donc important de réfléchir aux techniques permettant de renforcer la confiance des créanciers en ce moyen de paiement.

Le process classique suivi par le créancier est de remettre ses flux à sa ou ses banques « créancières », qui se chargent de traiter les remises et d’envoyer les ordres de paiements aux banques des débiteurs. Bien que 30 % des SDD soient traités en intrabancaire ou en intragroupe, les banques créancières ne tiennent guère compte des informations dont elles disposent sur le débiteur et ne donnent pas réellement de conseil aux créanciers pour choisir les dates de prélèvement les plus adaptées à la réception des revenus du débiteur. Contrairement à la carte bancaire, avec laquelle les grandes banques de particuliers ont mis en place des stratégies « ON US » pour capter une plus forte part du traitement de leurs propres flux, une telle stratégie n’est pas réellement développée sur le SDD, alors que les banques pourraient mettre en avant leur connaissance plus fine des débiteurs (de façon agrégée par typologies de clients/« persona », donc dans le respect du RGPD).

Les banques créancières ont presque toutes introduit un service de représentation automatique des prélèvements impayés ; aujourd’hui, 30 % des SDD émis en moyenne sont couverts par ce service utilisé par tous types d’entreprises. Le créancier peut choisir le nombre de représentations et le nombre de jours entre chaque représentation ; mais la banque créancière ne prend pas en compte la situation des débiteurs, clients de la banque, pour représenter au moment opportun. En conséquence, on n’observe pas d’amélioration du taux d’impayés par rapport à la situation où le créancier gère lui-même ses représentations, le taux de succès des deux méthodes s’étalant entre 40 % et 60 %, selon le nombre de représentations, et ce taux décroissant avec le montant de SDD. Par ailleurs, la plupart des banques ne représentent que le code AM04 (provision insuffisante) ; de ce fait, entre 30 % et 40 % des prélèvements rejetés ou retournés ne sont pas représentés.

Constatant des marges de progrès possibles, des Prestataires de Services de Paiements (PSP) cherchent à s’intermédier dans ce marché. Ils se positionnent entre le créancier et la banque participante directe sur les CSM SEPA, en ouvrant un compte de paiement au créancier et en prélevant le SDD pour son compte. Leur principal argument de vente est de décharger le créancier de la gestion du mandat et du calendrier d’émission. Ils ont une légère plus-value sur l’amélioration du taux de présentation, car ils pratiquent des actions de « test & learn » leur permettant de mieux cibler les bonnes dates de prélèvement pour chaque segment de clients ; ils travaillent également mieux sur les codes rejets. Certains sont également capables de « découper » les prélèvements rejetés et de les représenter en plusieurs petits montants. Cette pratique est encore embryonnaire, mais très prometteuse. En effet, plus encore que la pertinence de la date de prélèvement, c’est le montant qui a le plus fort impact sur le taux de rejet. On le voit très clairement par exemple dans les cartes de paiement des hypermarchés où certains clients optent pour le débit fin de mois quand d’autres choisissent le débit après chaque passage en caisse. Le rapport de taux de rejet est de 1 à 3 en faveur des montants lissés sur le mois pour le même total d’achat mensuel ! Par cette technique ces PSP peuvent ainsi augmenter le taux de représentation de l’ordre de 10 %.

Mais on peut aller encore plus loin avec l’ouverture d’un compte de paiement au débiteur, lors de la souscription du service objet du prélèvement récurrent. Les règles françaises de LCB-FT permettent d’ouvrir un compte de monnaie électronique sans recueillir de pièce d’identité tant que le volume d’encaissement mensuel reste inférieur à 150 €, ce qui couvre une forte partie des SDD sur le grand public. C’est la technique éprouvée des comptes « non vérifiés » dans les ouvertures de wallets de type PAYPAL. Le fait d’ouvrir au débiteur un compte de paiement permet tout d’abord de fractionner le prélèvement en plusieurs SDD de façon plus rigoureuse sur le plan comptable ; mais l’intérêt principal est que le PSP peut associer des  funding sources additionnelles à ce compte de paiement comme une ou plusieurs cartes bancaires (voire une carte de crédit renouvelable) ou encore la réception d’un virement initié. La multiplicité des moyens de paiement permet de maximiser l’encaissement, en testant les funding sources disponibles en cas de rejet de l’une d’entre elles.

La technologie est donc disponible, des PSP (EP ou EME) sont opérationnels et volontaires, le cadre réglementaire permet l’ouverture des comptes de paiements dans de bonnes conditions de fluidité ; les créanciers, banques créancières et PSP ont donc intérêt à s’intéresser à ces techniques novatrices. Fort de ses compétences de bureau d’étude technique dans les paiements et de conformité réglementaire, SYRTALS est bien placé pour les accompagner.

Cet exposé a été également présenté lors de l’atelier SYRTALS à l’UNIVERSWIFTNET du 9 juin 2022 au Palais Brongniart par Thierry Dinard, directeur de l’offre conseil de stratégie de SYRTALS.

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