RUBRIQUE MONNAIES NUMÉRIQUES

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Victor CHAMPIOT

Référent monnaies numériques

Intégration de la blockchain à la finance traditionnelle

Le 15 janvier 2026, Société Générale -Forge et SWIFT ont annoncé avoir réussi le règlement d’obligations tokenisées « sans couture » en utilisant à la fois une monnaie fiduciaire et un stablecoin. Société Générale -Forge a apporté son standard open source appelé CAST (Compliant Architecture for Security Tokens), qui comprend son security token (l’obligation tokenisée sur la blockchain) et son stablecoin EUR CoinVertible ou EURCV (la monnaie de règlement sur la blockchain), adossé à l’euro et conforme au règlement européen MiCA. SWIFT a joué le rôle d’orchestrateur entre système financier traditionnel et blockchain. Les cas d’usage liés aux obligations testés sont l’émission, le règlement delivery-versus-payment (DvP), le paiement de coupon, le remboursement.

Pourquoi est-ce une étape importante ?

Des gains de productivité reconnus
Le règlement de titres sur une blockchain avec un stablecoin apporte des gains de productivité en rendant possible l’atomicité des transactions.
Un règlement DvP traditionnel comprend deux transactions quasisimultanées : le paiement puis la livraison du titre. Un règlement effectué sur une blockchain, et plus généralement sur un registre distribué (Distributed Ledger Technology ou DLT), avec une monnaie « on-chain » permet d’effectuer une unique transaction incluant la patte paiement et la patte livraison du titre. Les opérations de marché sont ainsi rendues plus rapides et plus sûres, en limitant le risque de contrepartie.

Une souveraineté européenne à conquérir
On observe un mouvement global de « tokenisation » de la finance, qui se caractérise par l’émission d’actifs non-monétaires sous forme de jetons numériques appelés « tokens », correspondant à des droits de propriété, sur un registre distribué ou sur une blockchain. Cela pose la question de la monnaie utilisée pour régler ces actifs tokenisés.
La loi Genius Act, clarifiant et encadrant juridiquement l’utilisation des stablecoins, a été adoptée aux États-Unis de façon bipartisane en 2025. En parallèle, des contraintes légales rendent impossible un dollar numérique de banque centrale. Les stablecoins dollar ont donc le champ libre et se développent, même au-delà des frontières des États-Unis avec un triple objectif : le renforcement du dollar, le financement de la dette américaine (via les réserves des stablecoins en bons du Trésor), la domination des infrastructures américaines (via les émetteurs de stablecoins et via les banques qui détiennent les réserves des stablecoins).
Ainsi, les stablecoins adossés au dollar sont hégémoniques : en février 2026, ils représentent plus de 99 % de l’offre totale des stablecoins en circulation, et plus de 95 % des transactions totales en stablecoins en valeur et en volume. L’offre totale de stablecoins, équivalant à la capitalisation totale, était de 30 milliards de dollars en 2020, elle est de 300 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 3 000 milliards de dollars d’ici 2030.
On comprend l’intérêt, en termes de souveraineté européenne, de disposer dès que possible de stablecoins adossés à l’euro avec une masse suffisante pour remplir le rôle de monnaie de règlement « on-chain » et ce, avant la mise en place plus lointaine d’un euro numérique de gros (Monnaie Numérique de Banque Centrale ou MNBC) qui jouera également ce rôle.

Des infrastructures existantes sur lesquelles s’appuyer
La démarche de Société Générale -Forge et de SWIFT vise à démontrer le potentiel d’intégration de la blockchain au système financier traditionnel.
L’interopérabilité permet la réutilisation de l’infrastructure existante de SWIFT et des institutions financières traditionnelles, fruits d’investissements massifs au fil du temps et garantie de sécurité, et favorise l’adoption du stablecoin euro EURCV de Société Générale -Forge.
L’idée est bien d’intégrer la blockchain à la finance traditionnelle (plutôt que de la remplacer), et ainsi de permettre aux institutions financières et aux entreprises de bénéficier de règlements plus rapides et plus sûrs, tout en restant conformes au standard ISO 20022.

Un tiers de confiance, SWIFT
L’absence de tiers de confiance identifié, inhérent à la blockchain (publique, hors blockchain privée dont la participation et l’accès sont restreints) est ici contrebalancée par l’implication de SWIFT, acteur historique et établi, au centre de l’infrastructure des paiements internationaux. Son expertise et sa fiabilité apportent la confiance nécessaire aux institutions financières traditionnelles d’un côté, et la visibilité nécessaire à l’écosystème de la blockchain et des cryptoactifs de l’autre.

Des débouchés multiples
SWIFT, en prenant le virage de la blockchain, pourrait lui ouvrir des débouchés substantiels via la transformation des infrastructures financières mondiales.
SWIFT est le système de messagerie qui connecte les institutions financières du monde entier. Les activités couvertes ne se limitent pas à la finance, mais comptent également les paiements internationaux, le trade finance (pour le commerce international), la gestion de trésorerie… Le règlement d’obligations tokenisées est un cas d’usage exploré par SWIFT parmi d’autres, dont les paiements cross-border sur blockchain, instantanés et disponibles 7 j/7 24 h/24 (annonce déjà communiquée en septembre 2025).