Editorial

La compétition autour des offres de paiements se joue dans l’expertise
Le marché des paiements poursuit sa course à la performance et les transformations numériques s’accélèrent : impact facture digitale, euro numérique, blockchain, stablecoins, Wero, évolutions des cartes. Une dynamique massive et structurelle où les équations sont nombreuses.
Le principal enjeu réside dans la capacité des acteurs de la chaîne, les femmes et les hommes, capables de les comprendre, de les anticiper et d’intégrer ces évolutions technologiques. Les ressources qualifiées deviennent une force incontournable. Sans elles, le risque est d’être rapidement dépassé par le volume et la vitesse des mutations.
Parallèlement, la donnée s’impose comme un vecteur de transformation structurant. Sa qualité et sa gouvernance conditionnent la performance : fiabilisation des flux, automatisation des traitements, pilotage de processus transverses. L’expertise s’étend ainsi à la maîtrise des chaînes opérationnelles et à la capacité à manipuler et sécuriser la donnée, dans des environnements où les risques se multiplient.
Ce contexte concurrentiel impose de renforcer les formations des équipes, de structurer les parcours, et de capitaliser sur des expertises qui font la spécificité des métiers du paiement. Des métiers différenciants, qui ne peuvent être considérés comme des variables d’ajustement. L’enjeu est également d’attirer de nouveaux talents — issus des filières du commerce, ou de l’ingénierie — et de leur offrir un cadre permettant de construire de véritables trajectoires d’experts.
C’est dans cette stratégie que s’inscrit notre positionnement : contribuer à analyser, structurer, former et accompagner les expertises, dans un environnement où il ne s’agit plus seulement d’observer les évolutions, mais de les intégrer pleinement.
Ces enjeux se traduisent concrètement à travers plusieurs thématiques clés : l’intégration de la blockchain à la finance traditionnelle et les enjeux de souveraineté ; la transformation des fonctions Operations dans les marchés sous l’effet de la data et de l’IA ; la montée en puissance de la Verification of Payee comme levier de sécurisation des paiements ou encore l’anticipation de la réforme de la facture électronique et ses impacts opérationnels et organisationnels. Dans ce contexte où Wero s’impose au cœur de l’actualité des paiements européens, Martina Weimert, CEO d’EPI Wero, nous accorde également une interview, apportant un éclairage direct sur le déploiement de cette initiative structurante et les enjeux stratégiques qui l’accompagnent.
Dans un environnement en mutation rapide, la capacité à décrypter ces évolutions et à en maîtriser les implications confirme une exigence constante : travailler sans relâche l’expertise des équipes.
RUBRIQUE MONNAIES NUMÉRIQUES
Intégration de la blockchain à la finance traditionnelle
Le 15 janvier 2026, Société Générale -Forge et SWIFT ont annoncé avoir réussi le règlement d’obligations tokenisées « sans couture » en utilisant à la fois une monnaie fiduciaire et un stablecoin. Société Générale -Forge a apporté son standard open source appelé CAST (Compliant Architecture for Security Tokens), qui comprend son security token (l’obligation tokenisée sur la blockchain) et son stablecoin EUR CoinVertible ou EURCV (la monnaie de règlement sur la blockchain), adossé à l’euro et conforme au règlement européen MiCA. SWIFT a joué le rôle d’orchestrateur entre système financier traditionnel et blockchain. Les cas d’usage liés aux obligations testés sont l’émission, le règlement delivery-versus-payment (DvP), le paiement de coupon, le remboursement.
Pourquoi est-ce une étape importante ?
Des gains de productivité reconnus
Le règlement de titres sur une blockchain avec un stablecoin apporte des gains de productivité en rendant possible l’atomicité des transactions.
Un règlement DvP traditionnel comprend deux transactions quasisimultanées : le paiement puis la livraison du titre. Un règlement effectué sur une blockchain, et plus généralement sur un registre distribué (Distributed Ledger Technology ou DLT), avec une monnaie « on-chain » permet d’effectuer une unique transaction incluant la patte paiement et la patte livraison du titre. Les opérations de marché sont ainsi rendues plus rapides et plus sûres, en limitant le risque de contrepartie.
Une souveraineté européenne à conquérir
On observe un mouvement global de « tokenisation » de la finance, qui se caractérise par l’émission d’actifs non-monétaires sous forme de jetons numériques appelés « tokens », correspondant à des droits de propriété, sur un registre distribué ou sur une blockchain. Cela pose la question de la monnaie utilisée pour régler ces actifs tokenisés.
La loi Genius Act, clarifiant et encadrant juridiquement l’utilisation des stablecoins, a été adoptée aux États-Unis de façon bipartisane en 2025. En parallèle, des contraintes légales rendent impossible un dollar numérique de banque centrale. Les stablecoins dollar ont donc le champ libre et se développent, même au-delà des frontières des États-Unis avec un triple objectif : le renforcement du dollar, le financement de la dette américaine (via les réserves des stablecoins en bons du Trésor), la domination des infrastructures américaines (via les émetteurs de stablecoins et via les banques qui détiennent les réserves des stablecoins).
Ainsi, les stablecoins adossés au dollar sont hégémoniques : en février 2026, ils représentent plus de 99 % de l’offre totale des stablecoins en circulation, et plus de 95 % des transactions totales en stablecoins en valeur et en volume. L’offre totale de stablecoins, équivalant à la capitalisation totale, était de 30 milliards de dollars en 2020, elle est de 300 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 3 000 milliards de dollars d’ici 2030.
On comprend l’intérêt, en termes de souveraineté européenne, de disposer dès que possible de stablecoins adossés à l’euro avec une masse suffisante pour remplir le rôle de monnaie de règlement « on-chain » et ce, avant la mise en place plus lointaine d’un euro numérique de gros (Monnaie Numérique de Banque Centrale ou MNBC) qui jouera également ce rôle.
Des infrastructures existantes sur lesquelles s’appuyer
La démarche de Société Générale -Forge et de SWIFT vise à démontrer le potentiel d’intégration de la blockchain au système financier traditionnel.
L’interopérabilité permet la réutilisation de l’infrastructure existante de SWIFT et des institutions financières traditionnelles, fruits d’investissements massifs au fil du temps et garantie de sécurité, et favorise l’adoption du stablecoin euro EURCV de Société Générale -Forge.
L’idée est bien d’intégrer la blockchain à la finance traditionnelle (plutôt que de la remplacer), et ainsi de permettre aux institutions financières et aux entreprises de bénéficier de règlements plus rapides et plus sûrs, tout en restant conformes au standard ISO 20022.
Un tiers de confiance, SWIFT
L’absence de tiers de confiance identifié, inhérent à la blockchain (publique, hors blockchain privée dont la participation et l’accès sont restreints) est ici contrebalancée par l’implication de SWIFT, acteur historique et établi, au centre de l’infrastructure des paiements internationaux. Son expertise et sa fiabilité apportent la confiance nécessaire aux institutions financières traditionnelles d’un côté, et la visibilité nécessaire à l’écosystème de la blockchain et des cryptoactifs de l’autre.
Des débouchés multiples
SWIFT, en prenant le virage de la blockchain, pourrait lui ouvrir des débouchés substantiels via la transformation des infrastructures financières mondiales.
SWIFT est le système de messagerie qui connecte les institutions financières du monde entier. Les activités couvertes ne se limitent pas à la finance, mais comptent également les paiements internationaux, le trade finance (pour le commerce international), la gestion de trésorerie… Le règlement d’obligations tokenisées est un cas d’usage exploré par SWIFT parmi d’autres, dont les paiements cross-border sur blockchain, instantanés et disponibles 7 j/7 24 h/24 (annonce déjà communiquée en septembre 2025).
RUBRIQUE SYRTALS MARKETS
La transformation des métiers Operations dans les marchés : un levier de performance
Dans les banques d’investissement, les fonctions Operations sont perçues comme un centre de coûts dédiés au traitement des flux post-trade. Depuis plus d’une décennie, elles font pourtant l’objet de programmes de transformation profonde, sous l’effet de la pression réglementaire, de la recherche d’efficacité et de la digitalisation des processus. L’essor récent de l’intelligence artificielle ne crée pas cette transformation, elle l’accélère nettement.
Cette évolution met en lumière une tension structurelle propre aux activités de marchés. Le front-office reste organisé par produits, avec des logiques et des spécificités fortes selon les classes d’actifs. À l’inverse, les fonctions Operations sont historiquement organisées par processus, dans une logique de mutualisation et de standardisation. Ce décalage organisationnel devient de plus en plus visible à mesure que les banques cherchent à industrialiser leurs opérations tout en maintenant une expertise métier fine.
L’impact de l’IA
L’automatisation, renforcée aujourd’hui par l’IA, modifie progressivement cet équilibre. En réduisant le poids des tâches répétitives et en améliorant la gestion des exceptions, elle permet de standardiser davantage certains processus. Mais elle ne supprime pas le besoin d’expertise produit, notamment sur les activités complexes comme les dérivés OTC ou le financement titres. Les équipes Operations évoluent ainsi vers des rôles plus analytiques, centrés sur la supervision des processus et la résolution de cas complexes.
Dans le même temps, la data devient un élément structurant des opérations de marché. La qualité, la cohérence et la gouvernance des données conditionnent désormais à la fois l’efficacité opérationnelle et la conformité réglementaire. Les fonctions Operations se retrouvent au cœur de ces enjeux, à la croisée des processus, de la technologie et de la donnée.
Des changements organisationnels
Face à ces évolutions, les banques font évoluer leur organisation. Les modèles purement fonctionnels montrent leurs limites et laissent place à des approches plus hybrides, combinant expertise produit et mutualisation des processus. Les équipes Operations se rapprochent des équipes IT et data, tandis que des structures dédiées à l’automatisation et à la transformation émergent.
Au final, la transformation des Operations dans les marchés n’est pas seulement une question de technologie. Elle traduit une évolution plus profonde du Target Operating Model des banques d’investissement. Les opérations ne sont plus seulement un support au trading : elles deviennent un levier central de performance, à condition de réussir à réconcilier deux logiques longtemps opposées, celle du produit et celle du processus.
RUBRIQUE PAIEMENTS
CIA / Commerce Intelligent Agent, générateur d’un nouveau paradigme ?
Près de 80 ans après la naissance de la CIA, faut-il désormais s’habituer à une nouvelle définition de ce sigle, amenée à s’imposer durablement ?
Si les agents ou espions d’antan avaient coutume d’agir dans le secret pour le compte d’organisations ou d’états, ceux d’aujourd’hui sont censés, à un moment ou un autre, dévoiler leurs intentions (d’achat) et aller tant bien que mal jusqu’au bout des consignes qu’ils ont reçues de la part d’individus en chair et en os.
En bons soldats virtuels, affutés et armés jusqu’aux dents (entraînement, endurance, adaptabilité, disponibilité 24/7, modes de paiement sécurisés), ils doivent aller à la pêche aux informations afin de dénicher le produit ou le service qui répondra, idéalement à la perfection, aux attentes et critères de leurs mandants (quoi, quantité, prix, disponibilité, modalités de livraison, contraintes éventuelles…).
En face, les marchands doivent se préparer à dialoguer et traiter avec ces intermédiaires qui leur rendent visite de façon différente : adaptation ou création de sites ad hoc, structuration des contenus et des catalogues, affichage d’informations compréhensibles par ces interlocuteurs numériques etc…
De plus, comme leurs aînés, ces agents n’aspirent qu’à exécuter leurs ordres sans arrière-pensée ! Dès lors, finis les émotions, les jolies pages et images, les opportunités de cross-sell ou d’up-sell, les changements d’avis en cours de route et la prise en compte d’autres considérations lorsque l’on surfe et fait du shopping…
Si l’on n’assiste pas à un raz-de-marée immédiat, surtout pour les parcours complets de A à Z, les annonces, investissements et accords autour du commerce agentique s’enchaînent à vive allure de la part de protagonistes variés tels que Open AI, Perplexity, Google, Stripe, Shopify, PayPal, Visa, Mastercard, Amazon, Walmart…pour ne citer que quelques noms.
Cette effervescence et ces changements potentiels génèrent, il est vrai, autant de questionnements, d’opportunités que de risques, voire de voltefaces :
- Côté consommateurs :
- Que vont-ils privilégier ? des produits banalisés pour lesquels le critère tarifaire est dominant et où il n’y a pas de surprise potentielle (ce qui continuera à faire les choux gras des méga-plateformes américaines ou chinoises ?) ; des gains de temps ; la recherche d’idées originales auxquelles ils n’auront pas songé…
- Voudront-ils déléguer à un agent aussi intelligent soit-il, jusqu’à leur consentement ultime en toute circonstance
- A la praticité doit faire assurément écho la confiance, élément fondamental pour ne pas brider l’engouement face à des erreurs, des achats non autorisés, des déconvenues, des promesses non tenues ou des fraudes
- Côté commerçants :
- Intégrer l’IA dans leur stratégie et a minima, proposer des fonctionnalités de navigation/recherche à base d’IA sur leurs sites.
- Accueillir et convertir du mieux possible ces vagues additionnelles d’actions et de transactions.
- Eviter l’intermédiation par des tiers tout en conservant les relations clients et les données. A ce propos, on observe des postures plus nuancées ou sur la réserve à l’instar d’eBay qui interdirait certaines catégories de « personal shoppers » jugées non grata. Idem quant à Amazon qui a intenté un procès à l’encontre de Perplexity ou à Walmart qui a abandonné le « tout en un » Instant Checkout d’OpenAI, désormais mis au rancart.
- Privilégier quand on le peut ses propres solutions à l’instar de Sparky de Walmart et Buy for Me d’Amazon
- Ne pas payer tôt ou tard des fees additionnels « disproportionnés », appliqués par de nouveaux pourvoyeurs de trafic qualifié
- Côté acteurs du paiement (schemes et PSP) :
- Elaborer ou s’appuyer sur de nouveaux standards et processus…, tout en capitalisant sur leurs marques, capacités et réseaux. Les schemes internationaux Visa, Mastercard, Amex ou Union Pay ont tour à dévoilé leurs protocoles ad hoc et réalisé des expérimentations
- Augmenter leurs volumes de flux transactionnels et les revenus correspondants.
- Ne pas être décalés à leur tour derrière des néo-orchestrateurs ou autres filtres
- Garantir fiabilité, traçabilité et transparence aux parties prenantes, lorsque l’on est émetteur ou acquéreur (notamment au titre des modalités d’authentification de l’agent acheteur/KYA, de la chaîne de responsabilité, de la LCLF et du traitement des litiges lorsqu’ils surviennent)
- Côté spécialistes de l’IA / LLM :
- Créer des protocoles en solo ou avec des experts du paiement, garantissant interopérabilité et sécurité.
- Devenir – qui sait – la porte d’entrée principale du e-commerce de demain.
- Monétiser grassement leurs services à mesure de l’accroissement de leurs rôles et des volumes de transactions induits…
Il y en aurait bien d’autres évidemment, chaque acteur tentant de tirer la couverture à lui et de profiter de l’évolution potentielle de la chaîne de valeur pour s’arroger une meilleure place.
Dans tous les cas, IA pas photo (nb : on parle ici d’agentique et non d’argentique), il semble indéniable que l’application de l’IA dans les parcours d’achat et de paiement va monter en puissance et jouer un rôle majeur dans la nouvelle équation du shopping.
Avant l’atteinte d’une phase de maturité alimentée par des standards suffisamment efficients, maints bouleversements s’inviteront au fil des mois et années à venir avant que le paysage ne s’éclaircisse et qu’on ne découvre, in fine, qui y aura laissé des plumes, ou a contrario, qui aura actionné les bonnes ficelles.
Enfin, il est souhaitable que les consommateurs gardent leurs capacités de discernement et de décision et ne se transforment pas en vassaux de leurs présumés assistants, eux-mêmes téléguidés par une intelligence… supérieure. A suivre!
RUBRIQUE PAIEMENTS
Verification of Payee, 6 mois après le lancement
Lancée avec succès le 9 octobre 2025, la vérification du bénéficiaire avant exécution d’un virement SEPA permet de s’assurer que le bénéficiaire renseigné correspond bien à l’IBAN du destinataire.
98 % de réponses aux demandes de vérification, dont 80 % de réponses positives (« Match » et « Close match ») ont été relevées par SEPAM@il Diamond2 début décembre 2025.
Depuis ce lancement, les virements unitaires des particuliers ou entreprises, initiés à partir des canaux interactifs, font tous l’objet de cette vérification.
Le taux de réponses positives, « Match », correspondance parfaite et « Close match », correspondance proche, est en constante augmentation, ce qui indique, d’une part, une fiabilisation des référentiels des bénéficiaires et, d’autre part, la correction par l’industrie bancaire des quelques problèmes techniques rencontrés au démarrage.
Un déploiement à poursuivre
Les entreprises et la communauté bancaire poursuivent leurs travaux en vue d’améliorer et fluidifier le service de vérification sur les remises de masse.
À ce jour, le choix de ne pas effectuer de vérification est encore largement répandu pour diverses raisons.
Du côté des banques, la maturité de ce nouveau contrôle est encore hétérogène : certains établissements ne seront prêts qu’à la fin du 1er trimestre 2026.
Le pilotage de la montée en charge est un enjeu important, et la tentation est grande de proposer une limitation de la taille des fichiers pour assurer que les réponses VoP seront partagées dans un délai raisonnable.
Du côté des entreprises, au-delà des questions et doutes sur les bénéfices apportés par le service, de nombreuses craintes subsistent sur l’intégration des réponses, la meilleure manière de traiter les résultats de la vérification, et le niveau de responsabilité requis pour le traitement des « No match », non correspondance.
Une barrière contre la fraude
Nous ne pouvons que rappeler la nécessité pour les entreprises d’appeler toutes leurs banques afin de les interroger sur leur capacité à fournir le service de VoP sur les fichiers transmis.
Ceci permettra, d’une part, de vérifier les formats des réponses, et préparer au mieux l’intégration de celles-ci et, d’autre part, de modifier et adapter les process et procédures internes de traitement des transferts de masse en y incluant le traitement des réponses de la VoP.
Enfin, rappelons que le service de vérification est un service gratuit constituant le dernier « filet de sécurité » contre certains mécanismes de fraude, avant exécution des paiements.
Ce service vient en complément du nettoyage des référentiels de bénéficiaires, et du contrôle indispensable lors de l’ajout d’un nouveau bénéficiaire.
Opter pour sa mise en œuvre permet donc une sécurisation des processus de paiement et une réduction de l’exposition à la fraude.
Pour plus de détails sur les mécanismes et les constats post-démarrage de la VoP, vous pouvez vous référer aux articles parus dans nos précédentes Newsletters
RUBRIQUE PAIEMENTS
Facture électronique : anticiper dès maintenant
La réforme de la facture électronique entre désormais dans une phase décisive.
Les deux prochaines étapes sont importantes dans la vie des entreprises. À partir du 1er septembre 2026, les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire devront être en capacité de recevoir et d’émettre des factures électroniques. À partir du 1er septembre 2027, cette obligation s’appliquera pour les PME, TPE et micro-entreprises.
L’enjeu actuel n’est plus de savoir si l’entreprise doit se préparer à des changements, mais comment structurer son plan d’actions et prioriser ses décisions.
L’entreprise doit ainsi mener un projet transverse, pas uniquement technique. La facture électronique ne se limite pas à un changement de format mais impacte plusieurs domaines : les processus achats et ventes ; la gestion des flux et des statuts ; la qualité et la structuration des données ; l’organisation interne.
Elle comporte également une dimension juridique souvent sous-estimée : conformité fiscale, archivage probant, traçabilité, gestion des responsabilités entre l’entreprise et les plateformes, évolution des clauses contractuelles.
La traiter comme un simple projet IT expose à des risques opérationnels et juridiques.
Des arbitrages à faire
Le choix d’architecture (Plateforme Agréée — PA —) et l’évolution éventuelle de l’ERP par une mise en conformité ciblée ou une transformation plus large sont les deux décisions à prendre avec attention par l’entreprise. Lancer simultanément une modernisation ERP et la réforme peut accroître la complexité. La priorité reste la conformité, sauf si l’évolution du SI est indispensable pour y parvenir.
La facture électronique, inscrite au cœur de la chaîne order-to-cash et procure-to-pay, influence directement les délais de validation et de mise en paiement fournisseurs ; la fluidité des encaissements clients ; la qualité des rapprochements comptables ; la fiabilité des prévisions de trésorerie ; le pilotage du DSO et du DPO. Une donnée mieux structurée et des flux sécurisés peuvent améliorer l’automatisation des paiements et des encaissements, renforcer la visibilité cash et limiter les litiges. À l’inverse, une transition mal préparée peut générer retards, rejets, tensions fournisseurs ou décalages d’encaissements.
Mettre en place un rétroplanning réaliste
Cadrage, choix de solution, contractualisation, paramétrage, tests, conduite du changement, mise à jour des procédures et sécurisation juridique :
ces étapes nécessitent un rétroplanning structuré, en particulier pour les entreprises concernées dès 2026.
Anticiper aujourd’hui permet de sécuriser l’ensemble de la chaîne
facturation – encaissements – paiements — trésorerie.
La facture électronique est une obligation réglementaire. Elle constitue aussi un levier d’optimisation du pilotage financier − à condition d’être abordée comme un projet transverse, priorisé et maîtrisé.
INTERVIEW
L’interview de Martina Weimert CEO d’EPI Company (European Payments Initiative)
Question 1 : Wero a été lancé dans plusieurs pays européens et compte aujourd’hui plus de 53 millions d’utilisateurs dans 3 pays. Quel bilan tirez-vous de cette première phase de déploiement et quels ont été, selon vous, les principaux facteurs de succès du projet EPI à ce stade ?
En l’espace de 18 mois depuis le lancement de Wero à l’été 2024, nous avons vu un réel engouement des européens pour notre solution et nombreux soulignent la facilité d’utilisation de la solution et son côté sécurisant via l’intégration native auprès de leur banque. En dehors de ces aspects qui sont essentiels pour le succès d’une solution de paiement, il existe un intérêt croissant pour une solution de paiement purement européenne compte tenu du contexte géopolitique et la prise de conscience de nombreux consommateurs. Cet engouement des consommateurs a été un véritable catalyseur pour préparer au mieux le développement de notre solution de paiement en e-commerce, aujourd’hui disponible en Allemagne et en Belgique et introduite à l’été 2026 en France. L’intérêt pour Wero n’a cessé de croître depuis le lancement et les retours d’expérience nous encouragent à développer les cas d’usage de demain, ainsi que de nouveaux services complémentaires, comme l’intégration de services autour de l’identité digitale, mais aussi aux côtés des marchands pour étudier les possibilités de service à valeur ajoutée que nous pourrions intégrer à notre solution dans le futur.
S’imposer comme une nouvelle solution de paiement prend du temps, pour permettre une véritable adhésion de la part de l’ensemble des parties, en laissant le temps à chaque cas d’usage de se lancer et d’être apprivoisé. Au-delà des chiffres, l’expression « Je te fais un Wero » s’impose de plus en plus et nous ne pouvons que souhaiter que l’arrivée de Wero pour le paiement en ligne puis en magasin bénéficie du même succès que le pair-à-pair.
Question 2 : Après les paiements entre particuliers, Wero entame désormais son extension vers l’e-commerce puis vers les paiements en point de vente. Quelles sont les priorités de cette nouvelle phase de développement pour favoriser l’adoption par les commerçants et les consommateurs ?
Si la conversion rapide des utilisateurs dans nos trois marchés initiaux a été un catalyseur fort pour favoriser l’adoption par les commerçants de Wero, la partie la plus ardue se joue en ce moment même : les déploiements prennent du temps et mobilisent différents acteurs, pour en faire une réalité, mais se heurte aussi à des temporalités de développement et des calendriers techniques des différents acteurs, qui doivent s’aligner pour permettre le lancement.
Il est nécessaire d’éduquer les consommateurs à chaque étape pour leur permettre d’avoir le meilleur usage du wallet, d’être dans un cadre sécurisé, tout en permettant aux commerçants d’étudier le projet et de l’implémenter dans les règles de l’art.
Nous priorisons l’éducation et l’accompagnement (formation, tests) en priorité auprès de l’ensemble des publics concernés. Nous avons par ailleurs concentré nombre de nos efforts pour bâtir un réseau solide d’acquéreurs, d’accepteurs PSP, de prestataires techniques qui nous permettent aujourd’hui d’adresser un grand nombre de marchands. En parallèle, nous continuons à accueillir de nouveaux membres bancaires pour soutenir le développement de Wero plus largement : ces dernières semaines nous avons accueilli de nombreux nouveaux membres, comme Nickel qui rejoint l’aventure Wero et offrira dès maintenant à ses clients français et allemands Wero, avant de s’ouvrir aussi aux marchés belges, luxembourgeois et néerlandais dans l’année.
Nous continuons également à accueillir de nouveaux membres bancaires pour soutenir l’expansion de Wero à l’échelle européenne.
Cette dynamique s’inscrit aussi dans une logique de coopération européenne plus large, à savoir nos travaux d’interopérabilité avec d’autres solutions digitales européennes pour couvrir au plus vite toute l’Europe. À ce titre, BANCOMAT, SIBS/MB WAY et EPI Company ont récemment démontré concrètement que l’interopérabilité multilatérale des paiements est possible. Dans le cadre du Memorandum of Understanding signé en février 2026 avec Bizum et Vipps MobilePay, un premier Proof of Concept a permis de réaliser des paiements en point de vente via QR code à l’étranger en utilisant sa solution domestique, y compris en dehors de la zone Wero. C’est une étape clé vers des paiements paneuropéens véritablement interopérables, avec des perspectives d’extension vers le peer-to-peer transfrontalier dès fin 2026, puis vers l’e-commerce et le point de vente à plus grande échelle en 2027.
En parallèle, nous avançons aussi sur plusieurs tests pour le paiement de Wero en magasin, qui viendra compléter progressivement l’ensemble des cas d’usage et renforcer la proposition de valeur de Wero pour tous les acteurs de l’écosystème.
Dans cette dynamique, le Groupe BPCE a pu réaliser de premières transactions e-commerce Wero en France et un déploiement progressif à grande échelle auprès de leurs clients et des commerçants.
Question 3 : Dans un marché largement dominé par les grands acteurs internationaux du paiement, quel rôle Wero peut-il jouer dans la construction d’une véritable souveraineté européenne des paiements ?
Nous sommes convaincus que le sujet de la souveraineté va bien au-delà des paiements uniquement et que le sujet passe aujourd’hui « à l’échelle du réel ». Cela fait presque deux ans que le thème de la souveraineté devient de plus en plus présent dans toutes les discussions, toutes les industries, et de plus en plus souvent au cœur des préoccupations des citoyens. Le paiement est définitivement un enjeu majeur dans ce cadre compte tenu de la place que certains fournisseurs internationaux occupent aujourd’hui en Europe, même si en France le sujet est moins visible grâce à l’existence de Cartes Bancaires. À l’échelle européenne, le besoin d’une alternative est clairement affirmé par tous.
Wero incarne cette proposition d’alternative, en s’affichant comme la seule solution souveraine pan-Européenne, bâtie par des Européens pour les Européens. Cela permet d’éviter le risque de shut-down, qui pèse aujourd’hui de plus en plus sur les Européens, notamment après les sanctions appliquées au juge Nicolas Guillou ou à Thierry Breton.
En sus de ce risque, il est primordial de rappeler que cette domination des solutions américaines s’accompagne d’une opportunité de contrôle des données de transaction et des revenus liés à ces dites données représente de lourdes pertes économiques pour l’Europe, qui s’ajoutent à celles purement liées aux transactions et aux contrats avec les commerçants.
L’Europe a longtemps dit avoir besoin de champions dans divers secteurs pour concurrencer les solutions étrangères — nous avons aujourd’hui un ensemble de réponses régionales qui viennent remplir cet objectif. Le temps est venu de les soutenir, par une adhésion massive, mais aussi d’éviter une nouvelle concurrence entre acteurs européens, laquelle pourrait être un facteur de ralentissement de l’innovation comme de l’adhésion.







