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Newsletter N° 50 - Juillet 2026

   Editorial

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Laurent ROUILLAC

PDG Syrtals SI

La valeur des innovations naît de leur intégration aux métiers

Le secteur des paiements se transforme à un rythme soutenu. Les technologies évoluent, les usages se diversifient, les comportements changent et la fraude se sophistique. Dans le même temps, les attentes restent les mêmes : des parcours fluides, une sécurité renforcée et une conformité intégrée.

Dans ce contexte, intelligence artificielle, blockchain, data, signature électronique ou nouvelles infrastructures de paiement ouvrent de réelles perspectives. Mais la valeur ne naît pas de la technologie seule. Elle suppose une compréhension précise des usages, des contraintes opérationnelles, des risques, des modèles économiques et des conditions d’acceptabilité.

C’est particulièrement vrai dans le secteur des paiements. Faire fonctionner une technologie ne suffit pas. Une blockchain, une solution d’IA ou un dispositif de signature ne créent de valeur que s’ils sont intégrés à des processus maîtrisés, adaptés aux cas d’usage et aux exigences du secteur : paiements unitaires, e-commerce, flux d’entreprise, sécurisation des transactions ou lutte contre la fraude.

L’enjeu est donc à la fois technologique, fonctionnel, opérationnel et organisationnel. Il s’agit d’anticiper les évolutions, d’accompagner le changement au bon moment et de garantir une adoption efficace. La fluidité ne peut être dissociée de la sécurité, l’innovation de la conformité, ni la performance d’une compréhension fine des usages.

Cette édition de notre newsletter apporte plusieurs éclairages sur ces transformations : les enjeux de l’euro numérique pour la souveraineté européenne, une réflexion prospective sur les opérations de marché à l’horizon 2040, les perspectives de développement du paiement digital européen avec Wero, une analyse sur les évolutions de l’écosystème des paiements avec la présentation de l’Étude Paiement Digital – OPUS N°8 de Syrtals Cards, ainsi que le regard de Marc Espagnon, Head of Payments & Cash Management chez BNP Paribas, sur les mutations qui façonnent aujourd’hui l’avenir des paiements et du cash management.

RUBRIQUE MONNAIES NUMÉRIQUES

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Victor CHAMPIOT

Référent monnaies numériques

Euro numérique, à la conquête de la souveraineté européenne

Le catalyseur américain
En juin 2019, Mark Zuckerberg annonce pour 2020 le lancement de Libra, un projet qui permet d’émettre et de recevoir des paiements en cryptoactif directement via les applications de messagerie Messenger et Whatsapp.
S’il ne s’agit pas de l’événement à l’origine de l’euro numérique, c’est bien un catalyseur qui a accéléré le projet dans son passage de la théorie à la pratique. En 2020, la BCE a produit un rapport qui étudie la possibilité d’émettre un euro numérique. De son côté, Libra a finalement été abandonné en 2022, sous la pression des régulateurs et des banques centrales.

La menace américaine confirmée
En juillet 2025, les États-Unis ont adopté de façon bipartisane le Genius Act, qui clarifie et encadre juridiquement l’usage des stablecoins (cryptoactifs dont la valeur est maintenue stable par rapport à un ou des actifs de référence, ici le dollar américain). En parallèle, des contraintes politiques et juridiques rendent impossible un dollar numérique de banque centrale et laissent le champ libre aux stablecoins dollar. Ces derniers s’étendent au-delà des États-Unis avec un triple objectif : le renforcement du dollar (par sa circulation), le financement de la dette américaine (via les réserves des stablecoins en bons du Trésor américain), la domination des infrastructures américaines (via les émetteurs de stablecoins et les banques qui détiennent les réserves des stablecoins).
En mai 2026, les stablecoins dollars des entreprises américaines Tether et Circle représentent à eux seuls plus de 90 % de l’offre totale des stablecoins en circulation, et aussi plus de 90 % des transactions en stablecoins en volume et en valeur. L’offre totale de stablecoins, équivalant à la capitalisation totale, était de 30 milliards de dollars en 2020, elle est de 300 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 3 000 milliards de dollars d’ici
2030.

L’euro numérique
L’euro numérique est une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) ou central bank digital currency (CBDC), soit une nouvelle forme de monnaie émise par une banque centrale, sous un format dématérialisé.
L’euro numérique se compose de l’euro numérique de gros (ou interbancaire) et de l’euro numérique de détail.

L’euro numérique de gros
On observe un mouvement global de « tokenisation » de la finance. Il se caractérise par l’émission d’actifs sous forme de jetons numériques appelés tokens, correspondant à des droits de propriété, sur un registre distribué (Distributed Ledger Technology ou DLT, dont la blockchain est une forme particulière). Cela pose la question clé de la monnaie utilisée pour régler ces actifs tokenisés.

L’euro numérique de gros est la monnaie émise par la BCE et utilisée exclusivement par les banques centrales, les banques commerciales et les autres institutions financières pour le règlement entre elles de transactions sur des actifs tokenisés (règlement-livraisons de titres, marché des devises, opérations de change interbancaire).
L’euro numérique de gros est plutôt avancé via le projet Pontes en cours, qui sera suivi du projet Appia. Il est d’abord prévu que Pontes fournisse, via un pilote dès le 3 e trimestre 2026, une solution de règlement des transactions sur DLT en monnaie de banque centrale « classique » non tokenisée, via le raccordement des services de règlement européens TARGET existants. Appia viserait ensuite à développer un écosystème financier européen
pleinement tokenisé avec une monnaie de banque centrale tokenisée (définition de l’architecture prévue pour 2028).
L’euro numérique de gros suscite un fort intérêt en raison des gains de productivité qu’il pourrait apporter via l’atomicité des transactions dans les opérations de delivery versus payment (DvP) pour les titres et de payment versus payment (PvP) pour les devises. Cette atomicité permet de conditionner pleinement la patte de règlement à sa contrepartie (titres contre cash ou devise A contre devise B) et de réaliser une transaction unique atomique, au
lieu des deux transactions distinctes et quasi simultanées traditionnelles. Les opérations de marché seraient ainsi rendues plus rapides et plus sûres.
L’euro numérique de gros est une alternative, une réponse aux stablecoins dollar, qui constituent à date la seule monnaie de règlement envisageable pour les actifs tokenisés.

L’euro numérique de détail
On observe un mouvement global de numérisation des paiements. Il est lié au développement du e-commerce, qui provoque une baisse de l’utilisation des billets et des pièces (-28 % entre 2019 et 2024) et une hausse de l’utilisation de la carte (+14% entre 2019 et 2024) et du mobile (+9% entre 2019 et 2024).
L’euro numérique de détail est l’équivalent dématérialisé des espèces (billets et pièces), utilisé comme moyen de paiement. Pour la BCE, la distribution de la monnaie de banque centrale est un enjeu en soi.
Les avantages de l’euro numérique de détail sont moins évidents, car il présente peu de nouveaux cas d’usage différenciants par rapport aux autres moyens de paiement existants.
L’enjeu est ailleurs. En Europe, les systèmes de paiements domestiques sont fragmentés et dépendants d’acteurs privés non-européens. La France est bien dotée avec le scheme carte CB et le clearer STET, en complément du service de paiement européen Wero. Cependant, si l’on considère l’exemple de la carte bancaire, en 2025 13 pays de la Zone euro sur 20 n’ont pas de scheme carte domestique et dépendent de VISA et Mastercard, et 60 % des
paiements par carte de la Zone euro sont effectués via des schemes non-européens.
L’euro numérique de détail vise à renforcer l’autonomie des paiements européens. Via les services de base de l’euro numérique, la priorité est donnée aux paiements C2B, déjà dominés par des solutions non-européennes, et aux paiements P2P, qui pourraient être captés à leur tour. Les paiements B2B, et plus largement les paiements initiés par les entreprises, ne sont pas la priorité du projet au sens politique, des solutions de paiement européennes efficaces existant déjà sur ce segment (le virement notamment).
Pour compléter ces services de base, la BCE a lancé une initiative appelée « Digital euro innovation platform » qui vise à encourager et à faciliter l’innovation des acteurs privés sur la base du socle commun de l’euro numérique (infrastructure technique et scheme) pour leur permettre de distribuer leurs services à valeur ajoutée sur l’ensemble du marché européen.
C’est l’idée de complémentarité entre les services de base portés par le public et les services à valeur ajoutée du privé. Parmi ces services innovants en phase exploratoire, on peut citer les paiements conditionnels B2B, déclenchés automatiquement lorsque des conditions prédéfinies sont remplies (ceux-ci ont déjà été testés selon un rapport de la BCE de septembre 2025).

Le calendrier législatif
2026 est une année décisive sur le plan législatif. En 2021, la BCE a officiellement fait le choix de l’euro numérique et lancé le projet. Il a été soutenu par la Commission européenne qui a fait une proposition législative en 2023, puis par le Conseil de l’UE en 2025. Il reste le vote du Parlement européen en session plénière, décalé à juillet 2026, puis les négociations en trilogue (Commission européenne, Conseil de l’UE, Parlement européen) prévues au cours du 2 e semestre 2026, qui pourraient elles-mêmes déborder sur le 1 er trimestre 2027.
Le vote du Parlement européen porte sur le texte de la Commission (COM (2023) 369 final) que l’on peut résumer à l’élargissement du cours légal de l’euro à l’euro numérique, et à la création de l’euro numérique de détail. Cet euro numérique est distribué par des PSP (Payment Service Providers), qui jouent le rôle d’intermédiaires entre la BCE et les utilisateurs finaux (entreprises et particuliers). Ces PSP peuvent être des établissements de crédit (banques commerciales), des établissements de monnaie électronique (EME) ou des établissements de paiement (EP). Les principaux services fournis par les PSP sont la gestion des comptes et des portefeuilles en euro numérique, l’initiation et la réception des paiements, la relation avec les utilisateurs finaux.
Plusieurs avant-goûts du vote au Parlement européen ont déjà été donnés. Le 10 février 2026, deux amendements en faveur de l’euro numérique (le principe d’un euro numérique de détail et d’un euro numérique online et offline) ont été votés avec une large majorité au Parlement européen dans le cadre de la présentation du rapport annuel 2025 de la BCE. Et le 23 juin 2026, la Commission des Affaires Économiques et Monétaires (ECON) du Parlement européen a adopté avec une large majorité encore les rapports de Fernando Navarrete sur le cours légal de l’euro numérique et la création d’un euro numérique de détail.
L’adoption légale semble ainsi bien engagée, d’autant plus dans un contexte où l’Europe a besoin d’une stratégie forte, face au durcissement de la politique internationale américaine notamment. Reste à voir l’orientation que prendra le texte de loi final, qui ne devrait pas se résumer à la version initiale de la Commission européenne. En effet, le compromis politique est amorcé via les amendements proposés par le rapporteur Fernando Navarrete, et le consensus des acteurs du marché reste à conquérir via les sujets clés qui seront abordés lors des négociations en trilogue (dont le modèle économique et les plafonds de détention).

Conclusion et limites
On constate une confrontation des stratégies : américaine avec ses stablecoins dollar, et européenne avec son euro numérique.
Les principaux enjeux de l’euro numérique sont la souveraineté monétaire et l’autonomie des paiements en Europe, mais ils ne sont que partiellement adressés.
Concernant la souveraineté monétaire, l’euro numérique est émis par la BCE et est par définition libellé en euro. Cependant, on sait déjà que l’euro numérique ne couvrira pas tous les cas d’usage, notamment les plus innovants, et ne pourra donc pas être un substitut total des stablecoins dollar. Cela plaide pour le développement à court terme de stablecoins euro par des acteurs privés européens, en complément de l’euro numérique à venir. On peut citer les initiatives de SG Forge et du consortium bancaire Qivalis.
Concernant l’autonomie des paiements, la gouvernance et l’infrastructure de l’euro numérique sont contrôlées par l’Eurosystème. En revanche, le modèle de distribution prévu repose sur des acteurs privés (banques, EME, EP) qui peuvent être non-européens s’ils sont autorisés à opérer. Des intermédiaires non-européens pourraient ainsi assurer le stratégique « dernier kilomètre » jusqu’aux utilisateurs finaux (entreprises et particuliers), en termes de
services et d’équipements.
À ces enjeux principaux s’ajoute un enjeu d’efficacité, capital pour les acteurs de marché.
Cette efficacité peut être atteinte via l’interopérabilité, voire la réutilisation des infrastructures françaises et européennes existantes (exemples : intégration de l’euro numérique au wallet Wero et aux cartes CB), afin de limiter les coûts et le temps dédiés à l’euro numérique, ressources qui ne pourront pas être allouées à d’autres projets.

  RUBRIQUE SYRTALS MARKETS

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Nidhal JAADARY

Directeur Syrtals Markets

Bienvenue dans les opérations de marché de 2040 !

Cet article est un exercice de prospective. Il ne prétend pas prédire l’avenir, mais cherche à répondre à une question simple : à quoi pourraient ressembler les opérations de marché dans quinze ans si les tendances actuellement observées atteignent leur plein potentiel ?
Imaginons maintenant une journée dans les opérations de marché en 2040.

Bienvenue en 2040.
Aucun email d’investigation n’est envoyé. Aucun rapprochement manuel n’est à effectuer. Aucun fichier n’est à charger dans un système de matching. Aucun report réglementaire n’est à produire. Pourtant, des millions de transactions sont exécutées cette nuit à travers le monde.

Au début des années 2000, une grande partie de notre activité consistait à gérer les conséquences des transactions. Nous sommes en 2040 et cela peut paraître étrange… Pour comprendre cette évolution, il faut revenir quinze ans en arrière. En 2025, les opérations de marché reposaient encore sur une succession de contrôles, de validations et de réconciliations réalisés après l’exécution des transactions.
Une opération pouvait être exécutée en quelques millisecondes sur les marchés, mais nécessiter plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour être totalement confirmée, réglée et réconciliée.
Chaque étape possédait sa propre équipe, ses propres outils et ses propres contrôles.
Les confirmations devaient être échangées. Les instructions de règlement devaient être vérifiées. Les paiements devaient être surveillés. Les écarts de positions devaient être investigués. Les reportings réglementaires devaient être produits. Une grande partie de l’énergie des opérations était consacrée à résoudre des anomalies.
Aujourd’hui, en 2040, la logique est totalement différente. Les opérations ne traitent plus les transactions. Elles supervisent un écosystème autonome composé d’agents IA spécialisés, de données certifiées et d’actifs programmables.

La première révolution est venue de la généralisation des actifs tokenisés. Actions, obligations, fonds, dérivés standardisés et collatéral existent désormais sous forme numérique native. Chaque actif transporte avec lui les informations nécessaires à son traitement. Les événements de cycle de vie, les paiements de coupons, les
remboursements, les contraintes de détention ou encore certaines obligations réglementaires sont directement intégrés dans des smart contracts. Autrefois, chaque événement déclenchait plusieurs traitements opérationnels.
Aujourd’hui, l’actif lui-même orchestre son propre cycle de vie.

La deuxième révolution est venue du cash. Pendant des décennies, la gestion de trésorerie était un exercice d’anticipation imparfaite. Les banques maintenaient d’importants coussins de liquidité afin de couvrir les incertitudes liées aux paiements, aux règlements- livraisons et aux appels de marge. Depuis l’apparition des monnaies tokenisées de banque centrale et des réseaux de règlement instantané, la trésorerie est devenue temps réel.
Chaque entité dispose désormais d'un agent de liquidité chargé de surveiller les positions, d’anticiper les besoins de financement, d’optimiser les mouvements de collatéral et de négocier automatiquement les ressources nécessaires.
La position de trésorerie mondiale de la banque est recalculée en permanence.
Les besoins de financement de demain sont connus dès aujourd’hui.

La troisième révolution est celle des agents IA opérationnels. Contrairement aux outils d’automatisation du passé, ces agents disposent d’une compréhension complète de leur domaine. L’agent SSI est devenu l’un des plus critiques. Il surveille en permanence les référentiels de règlement, analyse les demandes de modification, compare les informations avec les référentiels externes du marché, détecte les incohérences et bloque automatiquement les changements présentant un risque de fraude ou d’erreur. Chaque décision est documentée, justifiée et archivée. Les investigations qui mobilisaient plusieurs équipes pendant plusieurs jours sont désormais réalisées en quelques secondes.
L’agent Confirmation est, quant à lui, devenu le gardien de l’intention économique des transactions. Son rôle ne consiste plus uniquement à vérifier que deux confirmations correspondent. Il contrôle la cohérence économique du contrat, l’impact réglementaire de la transaction, les obligations de collatéralisation, les règles de marché applicables et les paramètres du smart contract associé. Dans la majorité des cas, il est capable de corriger
lui-même les divergences détectées.
L’intervention humaine n’est requise que pour les situations inédites ou stratégiques.
Même les réconciliations ont changé de nature. Le concept de rapprochement de fin de journée appartient désormais au passé. Les positions, les paiements, les mouvements de collatéral et les événements de marché sont rapprochés en continu. Les écarts sont identifiés dès leur apparition et corrigés automatiquement avant de devenir visibles.
Le terme même de « break » est devenu rare dans le vocabulaire opérationnel.
Le settlement a lui aussi profondément évolué. Lorsque la majorité des actifs et du cash sont devenus tokenisés, le principe de règlement atomique s’est imposé. Le transfert du titre et le transfert du cash s’effectuent simultanément. Le risque de livraison sans paiement ou de paiement sans livraison a pratiquement disparu. Les taux de fail qui préoccupaient tant les opérations dans les années 2020 sont devenus marginaux.
Face à cette transformation, beaucoup prédisaient la disparition des métiers opérationnels.
Ils se sont trompés. Les opérations n’ont jamais été aussi importantes.
Simplement, leur mission a changé. Nous ne passons plus nos journées à corriger les erreurs du système. Nous concevons les règles qui permettent au système de fonctionner.
Nous supervisons les agents. Nous contrôlons la qualité des données. Nous validons les modèles. Nous gérons les risques technologiques. Nous assurons la résilience de l’écosystème. Le rôle des opérations est passé d’une fonction de traitement à une fonction de gouvernance. En 2025, notre performance était mesurée par notre capacité à résoudre rapidement les incidents. En 2040, elle est mesurée par notre capacité à empêcher ces
incidents d’exister. C’est probablement la plus grande transformation qu’aient connue les opérations de marché depuis leur création.
Et pourtant, malgré toutes les technologies qui nous entourent, une chose n’a pas changé.
La confiance reste le produit le plus précieux des marchés financiers.
Notre mission demeure la même : garantir que chaque transaction, chaque paiement et chaque engagement puissent être exécutés de manière sûre, transparente et fiable.
Les outils ont changé. La responsabilité, elle, est restée intacte.

Retour en 2026 : le futur est déjà en construction
Cette vision de 2040 est volontairement prospective. Elle ne prétend pas prédire l’avenir, mais prolonger des transformations déjà engagées.
Aujourd’hui, les signaux sont nombreux.

La Banque centrale européenne estime que la capitalisation des actifs tokenisés sur blockchain a atteint environ 38 milliards d’euros en février 2026, contre 7,4 milliards début 2024. Ce marché reste marginal au regard des quelque 241 000 milliards d’euros d’actifs financiers mondiaux, mais sa croissance témoigne d’une accélération de l’adoption des technologies de tokenisation.

Dans le même temps, l’Eurosystème ne se limite plus à l’expérimentation. Avec les initiatives Pontes et Appia, il prépare l’intégration de la monnaie de banque centrale dans un écosystème financier fondé sur la DLT, où les titres tokenisés, les smart contracts et les infrastructures de marché pourront interagir de manière native. L’objectif affiché est clair :
construire des marchés plus intégrés, plus résilients et plus efficaces, tout en conservant la monnaie de banque centrale comme ancre du système financier.

Les travaux de l’OCDE vont dans le même sens. L’organisation considère que la tokenisation peut profondément transformer les marchés financiers en simplifiant l’émission, le post-trade, le règlement-livraison et le service aux investisseurs. Elle souligne néanmoins que cette transformation dépendra de la capacité des infrastructures, des régulateurs et des acteurs de marché à converger vers des standards communs et des cadres juridiques
harmonisés.

Enfin, les autorités internationales rappellent que cette évolution devra s’accompagner d’une gouvernance robuste. Le Conseil de stabilité financière (FSB) identifie déjà les principaux défis liés à la tokenisation : interopérabilité des infrastructures, risques opérationnels, résilience technologique, qualité des données et supervision des nouveaux modèles de marché.
La question n’est donc probablement plus de savoir si les opérations de marché évolueront vers davantage d’automatisation, de tokenisation et d’intelligence artificielle.
La véritable question est de savoir quelles institutions commenceront dès aujourd’hui à concevoir les modèles opérationnels, les architectures de données et les compétences qui permettront d’accompagner cette transformation.

L’histoire des marchés financiers nous apprend une chose : les ruptures technologiques ne remplacent jamais les opérations, elles redéfinissent leur rôle.
Les opérations de marché de 2040 ne seront probablement pas moins stratégiques qu’aujourd’hui, elles seront simplement beaucoup plus « intelligentes », beaucoup plus connectées… et, surtout, beaucoup plus prédictives.

RUBRIQUE PAIEMENTS

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Marc-Alexis Baron

Directeur d'activités

Wero, LA future & unique solution européenne de paiement digital de référence ?

Wero (contraction de « we » et « euro ») est un portefeuille numérique paneuropéen basé sur des virements instantanés compte à compte (A2A) à forte valeur ajoutée (cas d’usage multiple : P2P/P2Pro/em-Commerce/POS) via l’infrastructure SEPA Instant Credit Transfer, le tout intégré dans une application bancaire. Initié en 2022 (après l’abandon du scheme monétique initial) et codéveloppé par un consortium de banques européennes, il permet aux utilisateurs de payer directement depuis leur compte bancaire (hors monétique et wallets US). La sécurité des paiements est significativement améliorée, les fees (frais commerçants) sont réduits tout en préservant les données de paiement dans un cadre réglementaire européen.

Porte-drapeau de l’hymne trinitaire « interbancarité, désintermédiation, souveraineté », Wero peut être le « game changer » d’un écosystème européen fragmenté, en visant la convergence de plus de 45 solutions locales européennes. En effet, si à court terme Wero veut être la solution unifiée de paiements numériques (pour toutes les transactions retail européennes), son ambition réelle est bien de devenir, d’ici 2028, l’UNIQUE solution pour tous les paiements en Europe.

Un déploiement massif en cours
Depuis son lancement commercial en 2024 sur le segment « P2P » (paiement de personne à personne), Wero s’est déjà imposé comme la nouvelle solution de paiement digitale européenne en Allemagne, France et Belgique avec plus de 45 millions d’utilisateurs enregistrés, 100 millions de transactions pour un montant total transféré de plus de 5 milliards d’euros. Avec un élargissement prochain au Luxembourg et les Pays-Bas courant 2026, Wero enrichira son offre avec le déploiement du segment « e/m-commerce » (« e- commerce » : achat initié via un ordinateur/ « m-commerce » : paiement 100 % mobile via smartphone).

Avec cette évolution et les futurs plans de paiement associés (subscription, one-click, deposit, instalment plan, …), Wero opère donc une avancée stratégique ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour les acteurs du commerce en ligne, les banques, les fintechs… et bien sûr les consommateurs.

De nombreuses fonctionnalités, véritables facteurs clés du succès
Wero permet des virements de compte à compte (A2A) qui visent à couvrir tous les cas d’usage de paiement (en particulier monétique), permettant des achats/panier élevés − montants importants (alternatives aux limites / plafond carte), avec réservations de fonds et garantie financière.

Virements SCT Inst oblige, Wero affiche aussi une instantanéité et une disponibilité 24/7/365, avec un débouclage de la transaction en 10’.
Par ailleurs, les parcours clients sont enrichis, cherchant à être les plus « frictionless » et fluides possibles (cherchant à s’aligner sur les standards US de type ApplePay pour permettre l’adhésion client), que ce soit sur la « MBA » (application mobile bancaire du client) ou la « SAA » (application dite « standalone » d’EPI téléchargeable via les stores ios /android) avec un dashboard de suivi en temps réel des transactions.

Vecteur d’interopérabilité et d’interbancarité européenne, Wero cherche à fortifier son positionnement stratégique via des partenariats stratégiques (comme celui signé l’été 2025 avec EUROPA) pour massifier ses flux et ses acteurs/partenaires afin de couvrir à court terme ses frais fixes d’infrastructure…

Wero permet également une facturation transparente (sans coûts cachés) avec un contrôle de coûts (pour les e-commerçants en em-commerce). Il permet aussi une protection accrue, avec un outillage clés en main et des processus intégrés à la gestion du contentieux « Dispute Management » (remboursement…). Par ailleurs, il offre une sécurité et une conformité améliorées : PCI DSS, DSP2, GDPR, … authentification forte (MFA, biométrie, …), tokenisation, transactions cryptées « end-to-end ».
Enfin, des services additionnels à forte valeur ajoutée :
• l’intégration des programmes de fidélité marchands ;
• la couverture des cas d’usage paiements futurs : B2B, P2Pro (particulier réglant un
professionnel…) ;
• l’intégration de l’identité numérique : l’avenir de Wero passe par l’intégration de
l’identité numérique européenne, simplifiant de facto le KYC et la sécurité des transactions
(convergence identité & paiement obligent).
• l’intégration de l’euro numérique : fort du soutien initial de la BCE, Wero devra en
retour être en capacité de prendre en charge l’euro numérique, et ce, dès son lancement.
Ainsi, les utilisateurs pourront détenir et dépenser des euros numériques en plus des fonds
de leur compte bancaire dans la même application.

Vers une montée en puissance ?
L’ambition d’une adoption massive du produit Wero pourrait bien créer les conditions favorables à l’émergence d’un nouveau scheme pour interférer les stratégies des ICS américains. Mais certaines prises de position politique pourraient peser sur l’adoption rapide nécessaire à Wero pour peser sur l’échiquier.

En exigeant qu’EPI intègre l’euro numérique « MNBC », la BCE place Wero au cœur d’un arbitrage/confrontation entre deux conceptions irréconciliables de l’argent et de ses acteurs :
les stablecoins (monnaies privées et décentralisées) vs « euro numérique » (monnaie centralisée, contrôlée par l’État où la souveraineté monétaire de l’Europe est en jeu).
Deux questions se posent alors. L’euro numérique MNBC ne serait-il pas, finalement, un stablecoin déguisé ? Cette « instrumentalisation » de Wero par la BCE ne pourrait-elle pas nuire durablement à l’image/confiance d’un scheme dit indépendant ainsi qu’à toutes ses initiatives d’émancipation ?

SYRTALS CARDS & BEYOND

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Angelo CACI

Directeur général Syrtals Cards & Beyond et Syrtals Compliance

ETUDE PAIEMENT DIGITAL – OPUS N°8 – JUIN 2026

QUE DE TUMULTES ET D’ENJEUX DANS L’INDUSTRIE DES PAIEMENTS

Depuis plus de 10 ans, nous vivons un continuum d’évènements et de péripéties porté par l’enchevêtrement et l’accélération de plusieurs forces désormais coutumières :
• Emballement réglementaire
• Prolifération de technologies novatrices
• Avènement ininterrompu de nouveaux acteurs et concurrence exacerbée
• Digitalisation sans limite des parcours et expériences
• Phénomènes de fusions-acquisitions à répétition
• Globalisation accrue…

Ainsi, dans l’épopée des paiements, nombre de sujets et mots sont devenus clé et seront encore plus déterminants dans l’écriture des chapitres des 5 à 10 prochaines années, dont les suivants :
• Souveraineté et autonomie stratégique
• MNBC, en particulier avec l’euro numérique
• Instantanéité et interopérabilité
• Intelligence artificielle et commerce agentique
• Stablecoins et cryptomonnaies
• Tokénisation et one-click
• Wallets multi-fonction et e-identité…

Dans ce contexte mouvant, nous évoquions déjà dans nos éditions passées que les positions et les équilibres d’hier pouvaient être radicalement remis en cause. En attestent la montée en puissance de mastodontes des cryptos et de l’IA ou bien les trous d’air subis par des stars d’antan à l’image de l’américain PayPal ou d’autres PSP historiques.
De même soulignions-nous qu’il fallait également composer avec les pulsions belliqueuses de certains dirigeants. Il est « for sure » navrant de constater que les conflits ont plutôt tendance à s’amplifier qu’à se résoudre. A ce propos, nous devrons vraisemblablement nous habituer à détenir en permanence une réserve d’espèces (naguère promises à la disparition) et à parer à toute éventualité face à des décisions intempestives extra-européennes
contraires à nos intérêts.

A l’identique, à l’aune de l’urgence climatique, faut-il que nos comportements soient toujours plus vertueux et que nos usines, rails ou services de paiement dopés parfois à l’IA, soient les moins énergivores possible.
Quoiqu’il en soit ou qu’il en coûte (l’avenir nous le dira), les perspectives du paiement digital dans toutes ses formes (cartes, wallets, mobile, A2A, cryptoactifs, open banking etc…) demeurent indubitablement bien orientées, tant le grand public et les entreprises en retirent des avantages substantiels en termes de praticité, sécurité, rapidité, gain…

Toutefois, malgré des ressemblances dans les dynamiques en œuvre dans de nombreuses contrées, des différences et nuances entre géographies subsistent inlassablement.

En ce qui concerne la France et l’Europe, il faut évidemment se féliciter de :
• La solidité et du dynamisme de notre écosystème, incarnés par la résilience de plusieurs
schemes cartes domestiques, la variété et les atouts de banques, fintechs et PSP. Parmi
ceux-ci, Worldline, Nexi, Adyen, Checkout.com, SumUp, Klarna, Mollie, Monext, Lyra, Viva
Wallet, Payplug…
• La mise sur orbite d’initiatives interbancaires multi-pays telles que Wero/EPI, EuroPA ou
Qivalis
• La création de nouvelles structures industrielles (ex : JV Estreem/BNPP-BPCE), au côté de
celles déjà en place (ex : Redsys, Transactis, SIBS, STET)
• Un corpus réglementaire robuste et diversifié qui pourra contribuer à favoriser l’avènement
de champions européens, sans pour autant, espérons-le, brider l’innovation.
In fine, comme à l’accoutumée, plusieurs principes intangibles s’imposent ou s’imposeront à
tous les protagonistes, quels que soient leurs moyens et leur audace :
• Coexistence durable entre modes de paiement : les derniers-nés ne vont pas effacer leurs
aînés d’un coup de baguette magique.
• Le salut ultime viendra d’efforts assumés au long cours, de la qualité de l’exécution et de
l’adoption en masse des services.

Ainsi, au vu des ambitions des uns et des autres, les prochaines années seront aussi passionnantes que déterminantes pour façonner l’avenir des paiements, de quoi nous donner moult occasions d’analyser, commenter, voire prendre part à ces futures évolutions et transformations.

Nous vous invitons à demander notre Opus N° 8 sur notre site web https://www.syrtals-cards.com/publications/

RUBRIQUE PAIEMENTS

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Busra Demir

Consultante

Retour sur Univers Finance 2026 : anticiper le choix d’une plateforme agréée

Le 19 mai dernier, les équipes du groupe Syrtals ont eu le plaisir de participer à Univers Finance 2026, organisé au Palais Brongniart à Paris. Présents sur le stand n°29 tout au long de la journée, nous avons été ravis d’échanger avec les nombreux professionnels venus partager leurs enjeux, leurs projets et leurs perspectives d'évolution dans un contexte de transformation profonde des fonctions financières.

Cette édition a une nouvelle fois confirmé le dynamisme de l’écosystème financier. Entre les conférences plénières de grande qualité, les retours d’expérience inspirants et les nombreuses opportunités d’échanges entre professionnels, l’événement a offert un cadre privilégié pour favoriser les rencontres et nourrir les réflexions autour des défis auxquels sont confrontés les acteurs de la finance d’entreprise.

Dans un environnement marqué par l’accélération des transformations réglementaires et technologiques, plusieurs tendances structurantes se sont dégagées : la généralisation de la facture électronique, l’essor des paiements instantanés et des innovations en matière de moyens de paiement, le renforcement des dispositifs de sécurisation tels que la verification of payee, ainsi que l’attention croissante portée à la maîtrise des risques et à la lutte contre la fraude.

Parmi ces sujets, la facture électronique s’est imposée comme un enjeu central, à la croisée des impératifs de conformité et de transformation des processus financiers.
C’est dans ce contexte que notre atelier « Facture électronique : dernière ligne droite pour être en conformité », animé par Thierry Dinard (Directeur du développement – Syrtals) et Nicolas Rossato (Responsable de la stratégie facturation électronique – Sage), a permis d’apporter un éclairage concret sur les enjeux et le calendrier de la réforme, dans une phase désormais critique pour les entreprises concernées.

Les intervenants sont revenus sur le cadre général du dispositif, qui repose sur un système articulé autour de l’obligation de réception des factures électroniques dès septembre 2026 pour l’ensemble des entreprises, et de l’obligation d’émission ainsi que du e-reporting à horizon septembre 2027. Dans ce contexte, la Direction générale des Finances publiques confirme la trajectoire du calendrier de déploiement et insiste sur la nécessité pour les entreprises d’anticiper dès à présent le choix de leur Plateforme Agréée (PA), étape structurante pour garantir leur interopérabilité dans les délais.

Les dernières communications officielles soulignent par ailleurs l’ampleur du mouvement en cours : plusieurs millions d’entreprises sont concernées, avec déjà une part significative ayant amorcé la désignation de leur PA. Le marché apparaît aujourd’hui particulièrement riche, avec un nombre important de solutions agréées ou en cours d’agrément, et une dynamique de choix encore très hétérogène selon la taille des organisations. Si les grandes
entreprises et les PME structurées avancent rapidement, les plus petites structures restent toutefois en phase de cadrage, souvent accompagnées par leurs experts-comptables, leurs éditeurs de solutions ou leurs partenaires bancaires.

Dans ce contexte, la capacité à anticiper et à structurer son dispositif devient un enjeu clé.
Au-delà du choix de la PA, les travaux portent également sur les modalités d’intégration avec les systèmes d’information existants, la qualité et la fiabilité des flux, ainsi que la préparation des obligations de e-reporting à venir.
L’atelier a également permis d’illustrer, les différentes modalités de connexion aux Plateformes Agréées telles qu’elles sont aujourd’hui envisagées dans l’écosystème Sage, autour de trois grands modèles. Ces approches, adaptées à différents niveaux de maturité des organisations, ouvrent des perspectives variées en matière d’automatisation et de gestion des flux financiers.

Enfin, la facture électronique s’inscrit plus largement dans une logique d’optimisation des processus financiers, avec une opportunité forte de fluidification du rapprochement et de la préparation des paiements, en s’appuyant sur la donnée désormais structurée et fiabilisée dès la réception des factures.

Dans ce contexte, Syrtals accompagne les directions financières dans l’ensemble de ces transformations : choix et mise en œuvre de Plateformes Agréées, sécurisation des trajectoires de migration d’ici septembre 2026, intégration fine avec les ERP, amélioration de la qualité des flux et réduction des taux de rejet, préparation des obligations de e-reporting, ainsi que la valorisation des données de facturation dans les processus de communication bancaire et de gestion de trésorerie.

Pour toute information complémentaire ou pour être accompagné dans ces travaux, les équipes Syrtals peuvent être contactées à l’adresse suivante : division.corporate@syrtals.com

INTERVIEW

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Marc Espagnon

Directeur du Cash Management et des Moyens de Paiement, Banque Commerciale en France, BNP Paribas

Interview de Marc Espagnon – Directeur du Cash Management et des Moyens de Paiement, Banque Commerciale en France, BNP Paribas

Le marché européen des paiements entre dans une phase de transformation
accélérée. Quels sont, selon vous, les principaux enjeux qui structureront les
prochaines années ?

L’agenda de 2026 est dense pour le marché européen des paiements. Le sujet de la souveraineté, déjà présent depuis plusieurs années, a pris une acuité nouvelle dans le contexte géopolitique actuel. Il se conjugue désormais avec les grands projets d’innovation qui structurent le secteur : développement des wallets européens, montée en puissance de Wero, évolution des infrastructures de processing, généralisation du temps réel et les débats
sur l’euro numérique. Pour BNP Paribas, ces transformations représentent des investissements stratégiques majeurs, mais aussi une opportunité de renforcer la qualité de service apportée à l’ensemble de nos clientèles, particuliers, professionnels et entreprises.
La création d’Estreem avec BPCE s’inscrit pleinement dans cette dynamique : cette plateforme doit traiter 17 milliards de transactions par an pour les deux groupes en Europe et vise à devenir l’un des trois premiers processeurs européens.

Wero, Estreem, instant payment, API : comment ces évolutions transforment-elles les usages B2C et B2B pour les clients de BNP Paribas ?

Ces projets ne relèvent pas uniquement de l’innovation technologique. Ils modifient en profondeur les parcours de paiement, l’expérience client et les modèles d’acceptation. Avec Wero, l’Europe des paiements se dote progressivement d’une solution de paiement digitale, interopérable et souveraine. Après le paiement entre particuliers, l’enjeu est désormais l’e- commerce, puis le point de vente. BNP Paribas est mobilisée sur cette trajectoire, notamment à travers AXEPTA BNP Paribas, afin d’accompagner les commerçants dans l’intégration de Wero sur les marchés couverts par EPI. Concernant le cash management pour les entreprises, la transformation est tout aussi structurante : généralisation de l’instant payment, connectivités en temps réel, API, migration XML et enrichissement des données de paiement ouvrent la voie à une profonde refonte du paiement Btob en Europe et à l’international. L’enjeu reste toutefois constant : rendre ces innovations utiles pour nos
clients, c’est-à-dire simples à utiliser pour les PME et porteuses d’efficacité opérationnelle pour les grandes entreprises.

Stablecoins, euro numérique, tokenisation : quel impact anticipez-vous pour le cash
management et les paiements d’entreprise ?

Les monnaies digitales entrent progressivement dans le champ des usages concrets. Nous devons les aborder avec méthode : au-delà du bruit médiatique, il s’agit d’identifier les cas d’usage réellement créateurs de valeur pour les entreprises. Les stablecoins peuvent ouvrir des perspectives en matière de services 24/7, de paiements internationaux en temps réel oude règlement d’actifs tokenisés. BNP Paribas participe à cette réflexion européenne, notamment dans le cadre du projet de stablecoin euro porté par Qivalis, dont le consortium a été élargi à 37 institutions financières dans 15 pays en mai 2026. En parallèle, les discussions sur l’euro numérique avancent, mais sur des use cases très différents puisqu’elles ne visent que le BtoC. Pour les banques, la priorité sera de construire des architectures fluides, sécurisées et interopérables, sans imposer à nos clients des investissements disproportionnés pour y accéder. Ces technologies feront partie du paysage, mais leur adoption sera progressive et devra rester guidée par les usages, la sécurité et la valeur opérationnelle.

L’intelligence artificielle aura-t-elle également un impact fort sur ces projets et, plus
largement, sur l’écosystème des paiements ?

Oui, l’intelligence artificielle a déjà et aura un impact important, comme sur l’ensemble des activités bancaires. Chez BNP Paribas, nous avons lancé plusieurs projets pour revoir nos processus sur toute la chaîne de valeur : réponse aux appels d’offres, pitchs commerciaux, service après-vente, KYC ou encore gestion de la fraude. L’enjeu est d’améliorer l’efficacité opérationnelle, la qualité de service et la capacité à traiter des environnements de plus en plus complexes.
Mais l’impact de l’IA ne se limitera pas à notre manière d’opérer les métiers du cash management et des paiements. Elle va aussi transformer le commerce lui-même, avec l’avènement du commerce agentique, dans lequel des agents intelligents pourront intervenir dans les parcours d’achat, de recommandation et de paiement. Chez BNP Paribas notre ambition est d’accompagner cette transformation en développant des services à valeur
ajoutée au sein de l’écosystème de nos commerçants, tout en mettant à profit notre expertise des paiements et les dernières avancées technologiques. C’est un axe de transformation majeur, qui devra être abordé avec une forte exigence en matière de sécurité, de fiabilité et de simplicité d’intégration afin d’offrir la meilleure expérience possible à nos clients.