INTERVIEW
L’interview de Martina Weimert CEO d’EPI Company (European Payments Initiative)
Question 1 : Wero a été lancé dans plusieurs pays européens et compte aujourd’hui plus de 53 millions d’utilisateurs dans 3 pays. Quel bilan tirez-vous de cette première phase de déploiement et quels ont été, selon vous, les principaux facteurs de succès du projet EPI à ce stade ?
En l’espace de 18 mois depuis le lancement de Wero à l’été 2024, nous avons vu un réel engouement des européens pour notre solution et nombreux soulignent la facilité d’utilisation de la solution et son côté sécurisant via l’intégration native auprès de leur banque. En dehors de ces aspects qui sont essentiels pour le succès d’une solution de paiement, il existe un intérêt croissant pour une solution de paiement purement européenne compte tenu du contexte géopolitique et la prise de conscience de nombreux consommateurs. Cet engouement des consommateurs a été un véritable catalyseur pour préparer au mieux le développement de notre solution de paiement en e-commerce, aujourd’hui disponible en Allemagne et en Belgique et introduite à l’été 2026 en France. L’intérêt pour Wero n’a cessé de croître depuis le lancement et les retours d’expérience nous encouragent à développer les cas d’usage de demain, ainsi que de nouveaux services complémentaires, comme l’intégration de services autour de l’identité digitale, mais aussi aux côtés des marchands pour étudier les possibilités de service à valeur ajoutée que nous pourrions intégrer à notre solution dans le futur.
S’imposer comme une nouvelle solution de paiement prend du temps, pour permettre une véritable adhésion de la part de l’ensemble des parties, en laissant le temps à chaque cas d’usage de se lancer et d’être apprivoisé. Au-delà des chiffres, l’expression « Je te fais un Wero » s’impose de plus en plus et nous ne pouvons que souhaiter que l’arrivée de Wero pour le paiement en ligne puis en magasin bénéficie du même succès que le pair-à-pair.
Question 2 : Après les paiements entre particuliers, Wero entame désormais son extension vers l’e-commerce puis vers les paiements en point de vente. Quelles sont les priorités de cette nouvelle phase de développement pour favoriser l’adoption par les commerçants et les consommateurs ?
Si la conversion rapide des utilisateurs dans nos trois marchés initiaux a été un catalyseur fort pour favoriser l’adoption par les commerçants de Wero, la partie la plus ardue se joue en ce moment même : les déploiements prennent du temps et mobilisent différents acteurs, pour en faire une réalité, mais se heurte aussi à des temporalités de développement et des calendriers techniques des différents acteurs, qui doivent s’aligner pour permettre le lancement.
Il est nécessaire d’éduquer les consommateurs à chaque étape pour leur permettre d’avoir le meilleur usage du wallet, d’être dans un cadre sécurisé, tout en permettant aux commerçants d’étudier le projet et de l’implémenter dans les règles de l’art.
Nous priorisons l’éducation et l’accompagnement (formation, tests) en priorité auprès de l’ensemble des publics concernés. Nous avons par ailleurs concentré nombre de nos efforts pour bâtir un réseau solide d’acquéreurs, d’accepteurs PSP, de prestataires techniques qui nous permettent aujourd’hui d’adresser un grand nombre de marchands. En parallèle, nous continuons à accueillir de nouveaux membres bancaires pour soutenir le développement de Wero plus largement : ces dernières semaines nous avons accueilli de nombreux nouveaux membres, comme Nickel qui rejoint l’aventure Wero et offrira dès maintenant à ses clients français et allemands Wero, avant de s’ouvrir aussi aux marchés belges, luxembourgeois et néerlandais dans l’année.
Nous continuons également à accueillir de nouveaux membres bancaires pour soutenir l’expansion de Wero à l’échelle européenne.
Cette dynamique s’inscrit aussi dans une logique de coopération européenne plus large, à savoir nos travaux d’interopérabilité avec d’autres solutions digitales européennes pour couvrir au plus vite toute l’Europe. À ce titre, BANCOMAT, SIBS/MB WAY et EPI Company ont récemment démontré concrètement que l’interopérabilité multilatérale des paiements est possible. Dans le cadre du Memorandum of Understanding signé en février 2026 avec Bizum et Vipps MobilePay, un premier Proof of Concept a permis de réaliser des paiements en point de vente via QR code à l’étranger en utilisant sa solution domestique, y compris en dehors de la zone Wero. C’est une étape clé vers des paiements paneuropéens véritablement interopérables, avec des perspectives d’extension vers le peer-to-peer transfrontalier dès fin 2026, puis vers l’e-commerce et le point de vente à plus grande échelle en 2027.
En parallèle, nous avançons aussi sur plusieurs tests pour le paiement de Wero en magasin, qui viendra compléter progressivement l’ensemble des cas d’usage et renforcer la proposition de valeur de Wero pour tous les acteurs de l’écosystème.
Dans cette dynamique, le Groupe BPCE a pu réaliser de premières transactions e-commerce Wero en France et un déploiement progressif à grande échelle auprès de leurs clients et des commerçants.
Question 3 : Dans un marché largement dominé par les grands acteurs internationaux du paiement, quel rôle Wero peut-il jouer dans la construction d’une véritable souveraineté européenne des paiements ?
Nous sommes convaincus que le sujet de la souveraineté va bien au-delà des paiements uniquement et que le sujet passe aujourd’hui « à l’échelle du réel ». Cela fait presque deux ans que le thème de la souveraineté devient de plus en plus présent dans toutes les discussions, toutes les industries, et de plus en plus souvent au cœur des préoccupations des citoyens. Le paiement est définitivement un enjeu majeur dans ce cadre compte tenu de la place que certains fournisseurs internationaux occupent aujourd’hui en Europe, même si en France le sujet est moins visible grâce à l’existence de Cartes Bancaires. À l’échelle européenne, le besoin d’une alternative est clairement affirmé par tous.
Wero incarne cette proposition d’alternative, en s’affichant comme la seule solution souveraine pan-Européenne, bâtie par des Européens pour les Européens. Cela permet d’éviter le risque de shut-down, qui pèse aujourd’hui de plus en plus sur les Européens, notamment après les sanctions appliquées au juge Nicolas Guillou ou à Thierry Breton.
En sus de ce risque, il est primordial de rappeler que cette domination des solutions américaines s’accompagne d’une opportunité de contrôle des données de transaction et des revenus liés à ces dites données représente de lourdes pertes économiques pour l’Europe, qui s’ajoutent à celles purement liées aux transactions et aux contrats avec les commerçants.
L’Europe a longtemps dit avoir besoin de champions dans divers secteurs pour concurrencer les solutions étrangères — nous avons aujourd’hui un ensemble de réponses régionales qui viennent remplir cet objectif. Le temps est venu de les soutenir, par une adhésion massive, mais aussi d’éviter une nouvelle concurrence entre acteurs européens, laquelle pourrait être un facteur de ralentissement de l’innovation comme de l’adhésion.

