Un an après le green paper de la commission européenne, ou en est le marché intégré des paiements par carte, internet et mobile ?

Un an après le green paper de la commission européenne, ou en est le marché intégré des paiements par carte, internet et mobile ?

Un an après le green paper de la commission européenne, ou en est le marché intégré des paiements par carte, internet et mobile ?

Le marché intégré des paiements par carte, internet et mobile n’a pas encore abouti. La consultation lancée il y a un an par la Commission Européenne, reste une très bonne initiative ayant permis aux différents acteurs de réagir. Cependant la recherche d’un marché intégré des paiements en Europe requiert d’inclure d’autres dimensions essentielles et de fait d’élargir le périmètre d’un tel marché.

Le marché intégré doit prendre en considération les pratiques des consommateurs, des Corporates et des Administrations, notamment en période de crise économique, et plus particulièrement la recherche d’une gestion optimisée de la trésorerie combinée au mode multicanal/multimoyen de paiement.

Plusieurs acteurs des paiements soulignent que ce marché intégré des paiements électroniques n’a de sens qu’en tenant compte de l’ensemble des instruments de paiement impliqués dans ce marché, que sont les prélèvements, les virements et les chèques. Le marché français en est un exemple. Les transactions par carte même si elles représentent en volume plus de 50% des transactions de détail, en valeur elles ne représentent que 1,4% de l’ensemble des valeurs échangées, très loin derrière les virements (plus de 85%), les chèques (8%) et quasi à égalité avec les prélèvements (3,2%).

Rappelons également qu’en Europe les transactions par carte ne couvrent que 38% des volumes juste devant les virements (28%), les prélèvements (26%) et les chèques (8%). On observe que le barycentre des paiements en Europe n’est pas la carte, il serait donc plus juste de raisonner en un marché intégré de l’ensemble des paiements. En effet, chaque instrument de paiement répond à des problématiques et pratiques particulières.

De plus, les pratiques locales ne se retrouvent pas forcément de façon identique dans chaque pays, et cela pour des raisons historiques, réglementaires ou sociétales. Ainsi, il faut pour viser un marché intégré, repartir d’un contexte plus global des paiements tant en valeur qu’en volume et, en tenant compte de l’ensemble des moyens de paiement répondant à ce marché ainsi qu’à ses différents segments : C2B, B2B, C2C, B2A, A2A…

Il faut d’autre part ne pas sous-estimer l’importance du cash dans les transactions de paiement, plus de 80% de transactions de paiement de détail en Europe, s’effectuent encore en cash. Non le portefeuille en cuir ne va pas disparaître dans 5 ans…même si les e-wallets intégrant la fonction NFC auront certainement de belles années devant eux pour faire de grandes conquêtes.

En France, qui tient la cinquième place en Europe sur le marché e-commerce C2B et la onzième place pour le B2B, les transactions e-commerce représentent aujourd’hui en valeur à peine 0,16% de l’ensemble des transactions réalisées et 12% des transactions par carte. Le m-commerce malgré sa forte progression reste balbutiant, il représente à fin 2012 à peine 2,3% des transactions par carte. La part des transactions de paiement de proximité forme donc toujours le cœur des paiements de détail, la dématérialisation des magasins progresse mais il reste encore une route assez longue pour le tout dématérialisé.

Par ailleurs, le mode multicanal devra être une composante essentielle de ce marché intégré. Les acteurs souhaiteront, par exemple étaler leurs dépenses pour mieux gérer leur trésorerie, en fractionnant le règlement par le biais de l’usage de différents instruments de paiement, voire de différents comptes bancaires. Le mode multicanal est aussi très utile pour s’appuyer sur d’autres instruments de paiement que la carte, permettant ainsi de régler des montants très élevés ou de ne pas être bloqué par des plafonds limités de paiement imposés. Les chèques et les virements et prélèvements répondent bien à cette demande contrairement à la carte.

Bien que l’harmonisation en Europe en matière de paiements induise parfois des écarts difficiles, voire dissonants entre les nations dus aux délais différents d’application ou aux variations de transposition des Directives (la DEM2 en est un bel exemple), elle ne doit pas forcément sous-tendre un nivellement automatique des tarifs et des modèles économiques dont les commissions. Ce nivellement systématique serait un frein à la mise en concurrence saine des différents systèmes et services à valeur ajoutée. L’Europe des paiements doit rester un espace de liberté, liberté saine pour la concurrence, la création et l’innovation, qui sont des moteurs essentiels à la croissance.

Le marché intégré des paiements doit tenir compte également du contexte économique très difficile, qui aura, s’il perdure, une incidence sur le mode d’achat et de paiement. On peut s’attendre à une baisse du montant moyen des achats, de la fréquence des achats, le consommateur privilégiant les périodes de rabais et de soldes. Le consommateur exigera toujours plus de souplesse, le sans engagement, des services à valeur ajoutée en option, des prix tirés vers le bas et le fractionnement de ses paiements.

Le marché intégré des paiements doit prendre en compte aussi l’arrivée des nouveaux établissements de paiement et de monnaie électronique ainsi que leurs contraintes spécifiques, tout en permettant de respecter la réglementation en vigueur. En particulier, la Directive Settlement Finality doit être appliquée pour parer aux risques systémiques que pourrait engendrer la défaillance d’un membre, notamment dans cette période de trouble économique. Le respect des règles de sécurité et de gestion du risque sera de même une composante fondamentale de ce marché intégré tant sur le plan du blanchiment d’argent que de la fraude notamment avec l’usage grandissant des transactions internet.

Est encore présent à l’esprit, le vol de cet été 2012 de plus de 36 Millions d’Euros sur les comptes de 30 000 clients européens de 30 banques réparties en Italie, Espagne, Allemagne et Pays-Bas. C’est un simple un virus sophistiqué qui « a braqué » PC et téléphones mobiles. Il faudra financer les mesures et la recherche des parades aux attaques et fraudes, le mécanisme des CMI a prouvé son efficacité en incitant tous les acteurs à participer à cette bataille pour la sécurisation des transactions et l’introduction de nouveaux services : passage à l’EMV, 3DSecure, sans contact…

En conséquence, le marché intégré des paiements verra le jour en mettant à disposition des solutions universelles tout en prévoyant les back-up. Ces solutions devront répondre aux attentes des clients consommateurs et commerçants/corporates/ administrations en particulier sur la dimension confiance, praticité, sécurité et optimisation de la trésorerie. Elles devront incorporer la dimension d’ubiquité et s’adapter aux spécificités locales.
Le mobile et les wallets quand ils auront circonscrit parfaitement les failles sécuritaires et pris en compte la dimension des autres moyens de paiement, auront leur avenir bien tracé pour accomplir la conquête du marché intégré des paiements en Europe.

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