Le vent de consolidation dans les paiements continue de souffler mais

Le vent de consolidation dans les paiements continue de souffler mais

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Angelo CACI

DG Syrtals-Cards

Le vent de consolidation dans les paiements continue de souffler mais…

Dans un marché de la carte et des paiements électroniques en bonne santé avec plus de 500 milliards de transactions non-cash selon le World Payment Report, une croissance annuelle à deux chiffres et de nombreux réservoirs de croissance, le phénomène M&A n’a eu de cesse de s’accélérer. Ce sont ainsi des centaines d’opérations qui ont eu lieu au cours des dernières décennies et cela concerne toutes les typologies d’acteurs, comme les exemples suivants l’illustrent.

Tout d’abord, force est de constater que la consolidation s’est déjà bien opérée chez les industriels de la carte et des TPE : Gemalto (Gemplus + Axalto), désormais dans l’escarcelle de Thalès, et Idemia (Oberthur + Morpho) sont les coleaders mondiaux de la carte.

Ingenico, qui a racheté, entre autres, Moneyline, Sagem, Fujian Landi, Xiring ; et Verifone, qui a avalé notamment Lipman/Dione et Hypercom, sont au coude à coude.

Chez les éditeurs de logiciels où les acteurs sont encore légion, quelques firmes font office de consolidateurs : l’américain FIS (dont on reparlera plus loin) a fait une vingtaine d’acquisitions depuis 15 ans dans les services et le logiciel dont Kordoba, mFoundry, Clear2Pay, Reliance et SunGuard ; son confrère ACI Worldwide a réalisé une quinzaine de rachats dont S1, Retail Decision, Payon et tout récemment SpeedPay. Autre exemple, Finastra est né de la fusion de Mysis et D+H qui avaient chacun résulté de nombreux rachats et fusions.

Chez certains acteurs spécialisés, notamment dans le corporate payment, les fuel cards et le prépayé, les deux leaders américains FleetCor et WEX ont fait feu de tout bois pour asseoir leur suprématie mondiale, suivis par les Français Edenred et Sodexo qui ont réalisé de nombreuses acquisitions en Europe et en Amérique latine.

Côté Processeurs et PSP, au-delà des acteurs intervenant essentiellement au plan national, on observe une course à la taille, notamment chez certains prestataires américains et européens, dont les suivants :

  • Worldline: né dans le giron d’Atos, lui-même fruit de la fusion des deux processeurs monétiques historiques français Sligos et Axime, a notamment acquis Banksys, Venture Infotek, Equens, les actifs de First Data dans les pays baltes, Digital River Payments et enfin SIX Payments, ce qui lui confère à date un chiffre d’affaires total d’environ 2,4 milliards d’euros et une valorisation de près de 10 milliards d’euros.
  • Nets, N° 1 incontesté en Scandinavie, a changé plusieurs fois de mains (compagnie interbancaire, rachat par Advent, IPO puis rachat par le fonds Hellman & Friedman pour 5,3 milliards de dollars) et poursuit son offensive par l’acquisition récente de Concardis (premier acquéreur de cartes de crédit allemand) et du PSP polonais Dotpay.
  • Le mariage de l’Anglais Worldpay (ex RBS, puis Advent, puis IPO) avec l’Américain Vantiv les a propulsés au rang de N° 1 mondial jusqu’à ce que FIS annonce le 18 mars dernier la fusion avec le nouveau Worldpay dans un deal à 43 milliards de dollars !
  • L’Anglo-Canadien Paysafe, désormais dans le giron des fonds CVC et Blackstone, est le résultat de plusieurs fusions dont Neteller, Netbanx, Optimal Payments, Skrill, Paysafecard…
  • Le premier processeur italien SIA est aussi le résultat de la fusion successive de plusieurs entités détenues par les banques transalpines. À l’étranger, SIA a racheté le Hongrois GBC et, plus récemment, les actifs de First Data dans plusieurs pays européens.
  • Les autres Américains First Data, TSYS, Global Payments, et dans une moindre mesure EVO Payments, ont dépensé quelques sommes rondelettes pour consolider leurs positions nationales et/ou accroître leur emprise sur d’autres territoires dont l’Europe. Ironie de l’histoire, First Data, qui avait coutume de tout rafler ou presque dans les années quatre-vingt-dix, vient de convoler en justes noces avec son confrère Fiserv dans une opération à 22 milliards de dollars.

D’autres Américains sont aussi offensifs en matière de M&A. Citons les cards schemes Visa et Mastercard, valorisés respectivement 330 et 230 milliards de dollars qui ont opéré plusieurs rachats, essentiellement dans le processing/services (Cybersource, Playspan, Fraedom, Cardinal Commerce, Paidy… pour le premier ; Datacash, Truaxis, Electracard, Provus, Trevica, APT, NuData, Ethoca… pour le second) et qui se « disputent » certaines cibles afin de diversifier leurs activités. Earthport (paiements internationaux) en est le dernier exemple et a finalement rejoint Visa, tandis que Mastercard, qui avait déjà acheté le Britannique Vocalink (ACH, virements instantanés), vient de se rabattre sur Transfast.

Paypal, quant à lui, a fait plus de 15 acquisitions dont Braintree, Venmo, Paydiant, Xoom et plus récemment Hyperwallet et iZettle, ce dernier spécialiste du mPos pour la bagatelle de 2,2 milliards de dollars.

Les Chinois ne sont pas en reste et en particulier le bras armé d’Alibaba et plus grosse Fintech mondiale, Ant Financial, qui a racheté ou investi dans nombre de sociétés. Après avoir « raté » Moneygram, il s’est emparé récemment de Worldfirst.

Il est intéressant de noter qu’Ingenico et dans une moindre mesure Verifone ont souhaité, au travers de rachats ciblés (Easycash, Ogone, Global Collect, Bambora chez le Français ; Point, Intercard chez l’Américain) gravir les échelons et accroître leur chiffre d’affaires au-delà du « hard » vers les services et le processing.

On pourra aussi remarquer que de nombreuses banques ont vendu au fil des ans leurs filiales détenues en solo ou avec leurs pairs (Banksys, GZS, Setefi, ICBPI, Luottokunta, POS Transact, eService, Concardis, B+S…) et que, outre les industriels, les fonds d’investissement ont été et sont encore particulièrement actifs (KKR, Advent International, Bain, CVC…) et tour à tour consolident, revendent ou introduisent en Bourse. Verifone a été racheté par Francisco Partners en 2018.

Malgré cette tendance à la consolidation qui va se poursuivre sans l’ombre d’un doute, on peut aussi constater le nombre incalculable de jeunes pousses et entreprises qui pullulent encore dans les services de paiement. Rien qu’en Europe, ce sont des milliers d’établissements de paiement et de monnaie électronique qui ont vu le jour en l’espace de 10 ans et qui se frottent aux acteurs historiques et aux mastodontes ; parfois avec une réussite insolente. En attestent les valorisations « extravagantes » de certains prestataires devenus des stars dans leurs domaines respectifs tels que Square (32 milliards de dollars), Adyen et Stripe (20 milliards de dollars), Wirecard (16 milliards d’euros)…

Dès lors, sans surprise, les gros vont continuer à se dévorer ou manger les moyens qui vont avaler les petits…

En France, nous avons assisté à quelques opérations intéressantes mais de moindre envergure, notamment de la part de banques : Compte Nickel par BNP Paribas ; Treezor par SG ; Dalenys, PayPlug, LePotCommun… par Natixis/BPCE qui a défrayé la chronique pendant quelques mois quand des rumeurs ont fait état d’un rapprochement éventuel avec Ingenico ; Arkea, qui soit dit en passant possède le processeur Monext, a notamment acquis Leetchi/Mangopay et Pumpkin.

Face à une concurrence accrue, les banques françaises se « consolent » en affichant des volumes de transactions qui restent plus qu’honorables, mais elles vont continuer à pêcher sur la scène internationale. Aussi, aujourd’hui ou demain se posera sans nul doute la question de leur rôle et de leur poids : céder et valoriser leurs actifs « paiement » ; sceller d’autres alliances comme elles l’ont déjà fait (ex : Transactis, Partecis ou récemment le partenariat annoncé entre Wirecard et Crédit Agricole) ; ou bien effectuer certaines acquisitions…, sachant qu’elles ne devraient pas être en mesure de courtiser des acteurs dont la valorisation atteint des niveaux très élevés.

Ainsi, vu le nombre conséquent d’acteurs en lice dans l’arène des paiements, les occasions ne vont pas manquer pour les plus riches ou audacieux afin de continuer à grossir. MAIS, il reste aussi de la place pour des acteurs de moindre taille, plus agiles et innovants, qui pourraient astucieusement se développer rapidement sur un certain périmètre et, qui sait, faire de l’ombre à des acteurs devenus des paquebots ou des usines « incontrôlables »…

RDV dans quelques années pour s’en apercevoir !  

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