Interview de Paul Strachman

 

Paul Strachman est le Venture Partner US du fonds français ISAI, basé à New York. Il est aussi à l’initiative de France is AI (www.franceisai.com), une plateforme qui rassemble les principaux acteurs français de l’Intelligence Artificielle (IA) tels que les laboratoires de recherche, les écoles d’ingénieurs, des grands groupes et startups. L’objectif de France ISAI est de donner une résonnance à cet écosystème français tant en France qu’à l’international.

 

  • La France est-elle bien placée dans le domaine de l’IA ?

La France a énormément d’atouts grâce notamment à un excellent niveau en mathématiques. Son écosystème est en compétition avec les plus grands. Elle compte de nombreux centres de recherche qui travaillent sur l’IA tels que l’INRIA ou le CNRS et jouit d’une grande attractivité. La France accueille des laboratoires et des grands groupes étrangers en pointe sur l’IA comme Facebook, Huawei, Xerox, Rakuten ou encore Fujitsu.

La France n’est donc pas en retard.

Dans l’IA nous parlons de « vagues » et de phases appelées « les hivers de l’IA » qui représentent les bulles avec des attentes fortes au moment des lancements des technologies, suivies par des déceptions et des ralentissements des investissements lorsque les technologies ne sont pas prêtes. Il y a quelques années, un des éléments majeurs de l’IA, appelé « Système Experts », a été porté par le Français ILOG (depuis racheté par IBM).

La dernière vague de l’IA (et l’actuelle) repose sur les progrès considérables faits par le Deep learning, médiatisé par l’activité des grands groupes tels que Google, Facebook… Sur cette vague, la France – en tant que hub – est moins en avance que d’autres pays. Mais les Français sont très prisés à l’étranger et il y a une diaspora très importante de français dans les grands groupes et universités américaines ou anglaises à la pointe de l’IA. L’un des pères fondateurs du Deep learning est d’ailleurs un Français : Yann Le Cun.

Londres est plus reconnu notamment avec la montée en puissance du Deep learning et le rachat de Deep Mind par Google. Par ailleurs, ces 4 dernières années c’est aux États-Unis que l’on a le plus investi. En effet, les investisseurs américains achètent plus la technologie que des business modèles.

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes au tout début de l’IA et de la manière dont elle va repenser les industries. C’est maintenant que tout commence vraiment. Nous rentrons dans une phase « applicative » où l’IA devient une couche technologique indispensable, qui va aller disrupter toutes les industries. La France a un énorme atout avec l’existence d’entreprises fortes, leaders mondiaux dans la plupart des industries. Les grands groupes auront peut-être plus de capacité à racheter des entreprises et cela permettra entre autres de voir se développer des alliances entre des mathématiciens et des spécialistes par secteur.

 

  • Quel est l’apport de l’IA dans le domaine bancaire ?

La présence de grandes bases de données et le besoin prédictif dans beaucoup des métiers bancaires en font un vertical particulièrement propice à l’utilisation de l’IA. De nombreuses banques utilisent déjà beaucoup de techniques de Machine Learning : notamment dans le trading, l’analyse du risque de crédit… Mais l’IA permet aussi à de nouveaux acteurs de rentrer sur le marché sans la contrainte organisationnelle de certains groupes et offrant des services comparables mais plus rapidement ou plus efficacement.

Un exemple est notamment la société américaine AFFIRM qui offre du crédit consommation directement intégré dans les sites d’e-commerce. Au moment de l’achat et de la connexion Facebook, la société a la possibilité d’analyser les données sociales du client et définit ainsi le scoring et la possibilité de recevoir une offre de crédit directement.

Côté trading, investissement, management, les deux sociétés les plus connues sont Wealthfront et Betterment. De nombreuses initiatives sont également prises dans le secteur de l’assurance, avec un acteur français, Shift, qui a développé des solutions de détection de fraude.

Un certain nombre de startups sont en train d’émerger sur la partie fraude du paiement e-commerce et travaillent sur des algorithmes permettant la détection de la fraude. Stripe, qui offre des solutions de paiement pour les e-commerçants, a ainsi développé une offre RADAR pour identifier les comportements frauduleux, sachant qu’elle a la capacité à identifier les cartes frauduleuses plus rapidement grâce à leur base installée de commerçants. L’entreprise française SELL Secure travaille aussi sur le sujet.

 

  • Comment les entreprises peuvent-elles tirer profit de l’IA ?

L’IA va impacter tous les métiers et tous les secteurs dans les prochaines années. Il y aura un gros travail d’accompagnement pour les entreprises de conseil comme Syrtals.

Les grands groupes vont s’appuyer sur des startups et certains mettront en place des laboratoires sur le sujet. L’engouement va continuer et il sera indispensable de maîtriser l’écosystème et d’être capable d’en parler.

C’est maintenant que les entreprises et la France doivent faire le véritable pari de l’IA. C’est pour cela que ISAI – en coopération avec les acteurs de l’écosystème – a lancé France is AI en 2016 (www.franceisai.com) qui recense notamment toutes les startups, laboratoires et événements…

 

Retrouvez l’intégralité de notre Newsletter N° 13 de mars 2017 – https://www.syrtals.com/newsletter-syrtals-mars-2017/

PaulStrachman
Venture Partner US du fonds français ISAI